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c) Entre les sessions assises
Il y a trois types d’objets : les bons, les mauvais et ceux auxquels nous sommes indifférents.
Face à ces trois types d’objets, il y a trois types d’attitudes : le désir-attachement par rapport aux bons objets, l’aversion et le rejet par rapport aux mauvais objets et l’indifférence, c’est-à-dire l’ignorance, l’occultation des objets qui ne nous intéressent pas.
Ce sont les trois poisons, les trois relations qui empoisonnent nos expériences.
La pratique de Lodjong nous propose de transformer ces trois poisons en trois sources de vertus. Il y a transformation de ce qui était poison en nourriture. Ce qui est très pratique car chaque fois que nous avons des problèmes venant de l’un ou de l’autre de ces poisons, ceux-ci peuvent être utilisés comme bases de pratique, comme supports, « matière première ».
Le moyen est d’accepter ce qui est en notre esprit. Par exemple lorsqu’une émotion d’agressivité apparaît, sur la base de la vigilance nous reconnaissons sa présence et nous l’acceptons. Et en
plus de l’accepter, nous pouvons nous dire :
« Puisse, en cette émotion d’aversion qui est mienne dans l’instant présent, se résumer l’aversion de tous les êtres et puissent-ils par là même en être soulagés, libérés, et cela être pour eux un facteur d’éveil. »
Nous acceptons la présence de l’agressivité puis nous formulons, sur la base de cette émotion, une intention positive, un souhait d’éveil.
Il s’agit d’accepter cette agression pleinement, totalement, de la prendre sur soi, de la faire sienne pleinement et lorsque nous le faisons ainsi véritablement, dans ce geste d’acceptation
totale, de prise en charge totale, notre passion se trouve finalement sans objet.
Pour autant que nous l’acceptions, que nous la prenions totalement, elle se trouve coupée de son support, de son objet, et une passion sans objet perd son caractère passionnel. Nos passions ont besoin d’un objet sur lequel se fixer pour se constituer et subsister.
En acceptant pleinement notre propre passion, nous la coupons de son objet et, d’une certaine façon, nous coupons le mécanisme qui peut la faire se développer et éventuellement s’amplifier.
Qui plus est, ce qui initialement était une attitude agressive, destructrice, dans cette prise en charge, dans cette acceptation, devient la source d’une motivation positive et c’est ainsi que
ce qui était initialement poison, passion, devient source de vertus.
Un point important est d’avoir la vigilance qui nous permet de reconnaître l’état présent de notre esprit ; nous ne pouvons accepter une passion que si nous la reconnaissons.
Cette pratique peut sembler un petit peu curieuse au départ, mais c’est quelque chose qu’il est important d’essayer de faire.
Si nous appliquons vraiment cette idée, elle est extrêmement pertinente et puissante dans toutes les circonstances de la vie.
En dehors de la méditation assise, nous avons fréquemment des passions et si nous pouvons utiliser cette méthode, ces passions deviennent des sources de vertus tout aussi fréquentes.
Cela peut sembler simple, mais c’est une démarche pratique qui, si elle est faite véritablement, se révèle être profondément effective.
En effet, ce qui était initialement une aversion qui se serait facilement développée en une relation agressive, colérique est un rappel pour une attitude d’esprit qui est en fait bodhicitta, le souhait d’aider tous les êtres dans leur cheminement vers l’éveil.
Non seulement la passion devient un rappel pour une pensée de bodhicitta mais, en plus, le détour opéré par cette pensée, divertit notre agressivité de son objet initial et l’agressivité ainsi divertie devient sans objet.
Au lieu de se construire dans une réaction en chaîne avec l’escalade habituelle, cette démarche coupe court à cette fixation et l’agressivité retombe, l’énergie même se dissout.
Voilà comment un poison-passion devient une pensée de bodhicitta et peut être dénoué, libéré.
Ce que nous venons de dire pour l’agression s’applique similairement, par transposition, au désir-attachement, ou même à l’indifférence.
à suivre...