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(N.d. webmaster : cette partie comprend 28 questions. Elle est découpé en six parties)
La pratique de la méditation travaille avec la nature des émotions, leur texture. Ce n’est pas un travail psychologique de type analytique, où nous nous demanderions pourquoi nous nous mettons en colère dans telle ou telle situation, qu’est-ce qui nous irrite, de quel blocage infantile cela vient-il...
Un travail analytique peut faire du bien, être utile dans certains cas, mais dans la pratique de Lodjong, il y a un cadre de vie sain posé par la discipline extérieure et ensuite nous travaillons avec les émotions d’une façon directe : en apprenant à ne pas nous investir dedans et aussi à les transformer.
C’est un travail d’une certaine façon beaucoup plus essentiel parce que nous travaillons avec la racine du problème plutôt que d’essayer de comprendre, dans chaque manifestation, comment le problème s’est structuré.
Si nous pouvons le faire, nous coupons la racine du problème par la pratique essentielle, et en coupant cette racine, toutes les branches et les feuilles flétrissent.
Un processus analytique, par contre, est un peu comme une défoliation feuille à feuille. Si nous n’arrivons pas à travailler, au niveau essentiel, avec la pratique de la méditation, s’il y a des blocages ou des difficultés trop intenses, à ce moment-là, effectivement, nous pouvons les traiter par d’autres méthodes plus spécifiques...
Il faut bien comprendre que l’entraînement, la pratique est quelque chose qui se développe petit à petit.
Au début nous sommes capable de l’appliquer dans certaines situations, un petit peu, et puis d’autres situations plus intenses sont « traitables » ; et la pratique se stabilisant, ou s’intensifiant, nous devenons de plus en plus à même de travailler avec n’importe quelle situation.
C’est un petit peu comme si notre attention, notre vigilance et notre aptitude à travailler avec les situations étaient une flamme.
Au début, notre pratique est une toute petite bougie et, s’il y a trop de vent, si l’agitation souffle trop, elle est soufflée. Puis elle devient un flambeau et il faut déjà un bon coup de vent pour la souffler. Et finalement, c’est comme un feu de forêt et à ce moment-là, plus il y a de vent, plus ça brûle.
Tonglèn est une pratique qui prend le contre-pied de nos envies.
Entendre parler de cet échange, d’accepter l’inacceptable et de donner ce que nous avons de bon, prend notre ego à rebrousse-poil.
La pratique de tonglèn est, dans un premier temps, quelque chose d'un peu irritant.
Ce que je voudrais suggérer c’est qu’il est possible, si nous dépassons ses résistances, de découvrir une situation différente. Il est possible d’expérimenter toutes les situations d’une autre façon.
C’est très en rapport avec le sens de l’intrépidité. Plutôt que de rester sur la défensive, il est possible d’accepter d’être exposé. Nous ne savons pas ce qui va se passer mais nous abandonnons nos systèmes de protection, nos systèmes de défense.
Puis nous acceptons de donner vraiment, pas seulement de faire semblant, mais de donner profondément de nous.
C’est tout un défi : nous parions sur l’ouverture avec tout ce que celle-ci a d’incertitude, de demandant, de passage au-delà de nos réticences et de nos hésitations.
La pratique est dans les deux sens : d’abord dépasser nos fixations par rapport à quelque chose auquel nous ne voulons pas être exposé, puis dépasser nos fixations par rapport à ce que nous n’avons pas envie de donner.
Pratiquer véritablement tonglèn est quelque chose de très profond, de très demandant. La véritable pratique de tonglèn nous remet vraiment en question.
C’est cela l’ennuyeux : nous ne pouvons pas faire semblant, sinon, rapidement, nous savons que nous faisons semblant.
C’est une pratique qui demande, au sens littéral, de se remettre en question, de remettre notre mode de fonctionnement en question, et nous n’en avons pas envie car cela a pour nous un côté déstabilisateur ; cela demande une attitude intrépide, cela demande de sortir de soi, de sortir de sa bulle, de sortir de ses conditionnements, de sortir de son petit confort, d’accepter d’être vraiment sur la sellette et remis en question.
C’est tout l’apprentissage. Il faut accepter de jouer le jeu de rentrer dans la remise en question et, s’entraînant ainsi, nous découvrons en nous de nouvelles possibilités.
Dans la mesure où nous avons vraiment senti ce dont il s’agit dans la méditation assise, à ce moment-là il y a une répercussion véritable dans les situations de la vie quotidienne.
La répercussion dans les situations concrètes est directement proportionnelle à la profondeur de l’habitude que nous avons acquise dans la méditation assise. Notre esprit, notre mental étant ce qui gouverne notre parole et nos actes, la pratique assise a nécessairement des répercussions dans l’action quotidienne.
La seule représentation utilisée est le sentiment d’absorber ce qui est sombre, l’obscur, le négatif, l’indésirable, ce qui est refusé.
La forme sombre n’est pas vraiment une visualisation mais un support pour concrétiser ces sentiments d’absorption, d’intégration. Il ne s’agit pas tant de prendre les choses à l’extérieur pour les faire entrer en nous que de nous ouvrir à ce qui vient naturellement, sans résister, sans défense ni refus.
Nous inspirons et nous laissons entrer en quelque sorte dans notre territoire, nous acceptons qu’entre en nous cette dimension sombre habituellement refusée.
Nous n’aimons pas ce qui est sombre. Le noir, c’est la nuit, c’est l’obscurité, c’est l’ombre, c’est l’inconnu, ce dont on a peur. « On broie du noir. » « On a de noirs desseins. » Le noir représente aussi la mort.
Il s’agit d’intégrer le noir, d’apprendre à arrêter de refuser tout ce qui est habituellement l’objet de nos refus, tout ce à quoi, habituellement, nous disons : « Non, je ne veux pas. » Cette attitude de refus, de non, manque d’intelligence parce que ce que nous refusons existe, réellement ou illusoirement, mais de toute façon existe et les refus ne font que solidifier la situation, l’entretenir.
Refuser de voir quelque chose qui existe, qui est là, c’est la politique de l’autruche et ça n’est pas particulièrement intelligent.
à suivre...