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Voici un très beau résumé, de la transmission : L'Ornement de la libération donné en Avalon le samedi 19 avril 2008, par Denys Rinpoché, écrit par Nicolas Précas du Sangha Loka de Grenoble qui participait a cet enseignement.
Comme si, malgré les voiles et les tensions, la gravité de l'instant imposait sa loi de concentration et de détente. Comment ne pas ressentir cette contracture derrière la nuque, ce nœud dans
le bas ventre, cette moiteur au creux de la main ? Dans la solitude de chacun, le choix d'être là se teste et retient son souffle.
Que cela commence, la route fut longue, que le Dharma déploie ses ailes de lumière pour faire fondre la glace des illusions.
Que cela vienne, l'instant parait propice, pour que de nouveau la nature se reconnaisse dans l'océan de l'ouverture, de la clarté et de l'espace illimité.
C'est Rinpoché qui ouvre la voie, qui compose avec ses mots et ceux de ses maîtres la mélodie de l'enseignement du bonheur. C'est maintenant que ça se passe, pour la première fois, pour l'unique fois, dans un maillage de tradition et de modernité. La quête universelle de la libération est la même depuis toujours, se vivant sans cesse dans la force de la révélation, jamais dans celle de la répétition. La spiritualité s'épanouit dans la pluralité universelle. Elle respire dans le mouvement de l'unité et de la diversité. Les notions, les concepts changent, mais l'esprit reste le même.
Ce cœur/esprit est aussi le nôtre. Cette bonté/vacuité nous anime à chaque instant, à chaque regard et geste. Le Dharma est là pour nous le présenter de nouveau, son serviteur est Rinpoché. Dans la force de sa réalisation et dans la légitimité de l'héritage des ancêtres, il nous invite à entrer dans l'univers d'absence de fermeture.
Faites confiance, nous dit-il avec ses mains qui chassent les doutes destructeurs. Sentez la chaleur de l'éveil qui libère des passions.
Et même si nous ne voyons pas l'espace illimité.
Et même si nous ne pouvons pas chasser nos obstacles.
Une onde de détente se répand dans le temple et notre personne esquisse un sourire d'accueil. Nous osons un regard, une confirmation, une expression plus confiante qui dit : nous sommes prêts pour recevoir l'enseignement, s'il vous plait Rinpoché, répondez favorablement à notre requête.
À partir de ce moment les mots sont autres, sont des portes, des passages qui nous présentent un trésor du XII siècle. Ils nous disent, voici le " Très Précieux Joyau Magique du Dharma " rédigé par Gampopa. Les mots sont synthèse de la raison et de l'expérience, ils sont érudition et simplicité du cœur, ils sont Bouddha, Milarepa, Gampopa, Kalou Rinpoché et Denys Rinpoché.
À partir de là les mots sont un accordéon qui, des profondeurs du silence et de l'expérience première, chante la mélodie de l'éveil pour le bien de tous les vivants. C'est le chant du
Bodhisattva.
Cela devient une transmission, une réception d'un message transcendé. Lorsque la raison défaille devant l'ampleur de la connaissance, le cœur complète le sens.
Dans l'assise de la retraite, dans les liens des frères et sœurs du Dharma, dans l'accompagnement bienveillant des Lamas et dans la présence de Rinpoché, voici le chant des mots de Gampopa.
Il condense la voie du Bouddha, nous montre les étapes du cheminement vers l'éveil. Il nous donne la main pour ne pas arrêter la progression, pour ne pas se perdre, pour faire naître la
confiance du pratiquant. Tout le Dharma est devant nous en six points, dans une expression intime, intégrable.
La cause de l'éveil est la nature de Bouddha ;
le support est le précieux corps humain ;
le facteur en est l'ami de bien ;
les moyens sont ses instructions ;
le fruit est le corps de parfait bouddha ;
L'activité œuvre sans concept pour tout vivant.
Vingt et un chapitres permettent à Gampopa de structurer la voie, de décrire le chemin de l'illusion à la libération. La quintessence du Mahayana devant nous, avec force et douceur.
Cela commence par l'hommage de Gampopa à Manjusri. Gampopa invoque " Le jeune prince à la splendide douceur " et nous dit :
Le samsara est souffrance ;
le samsara est vacuité ;
le nirvana est vacuité ;
le nirvana est la fin des illusions ;
considérant samsara et nirvana, faire tous les efforts pour réaliser l'insurpassable éveil.
Nous le pouvons, car nous sommes la cause de l'éveil, nous avons la nature de bouddha qui est omniprésente, absolue et contient la potentialité d'éveil.
La cause de l'éveil est présente en nous, le support aussi. De quoi s'agit-il ? Notre précieuse existence humaine contient en elle-même le joyau, comme les fonds de la terre contiennent le diamant. Elle contient de grandes libertés et de grandes qualités qui lui permettent d'épanouir son potentiel éveillé dans des conditions favorables.
Les deux premiers points de Gampopa, Rinpoché nous les donne. Mieux encore, il nous transmet un début de confiance, pour envisager le fait que nous sommes dans une configuration propice, qu'il s'agit de ne pas gaspiller. Une réceptivité de cœur perce les défenses du mental et fortifie notre inspiration. L'écho s'agrandit en même temps que notre aspiration pour cheminer vers la réalisation. Et par moment, lors d'une assise, d'un contact avec les yeux du Dharma, d'un sourire avec autre pratiquant, la conviction s'expérimente. Cela se sent vrai dans le silence de l'ouverture.
Pour que le Bodhisattva, qui est en nous, se révèle, nous avons besoin d'un ami de bien. Il sera un guide pour ne pas se perdre, pour ne pas se tromper de direction. Il sera une escorte qui nous protégera des obstacles et des distractions. Il sera un passeur qui nous permettra de traverser le grand fleuve du samsara et atteindre la rive de la libération. La fortune est grande pour celui dont la vie s'illumine par la rencontre d'un ami de bien. Il est le Bouddha et nous sommes un lambda. Il est la santé et nous sommes la maladie. Honorons-le de toutes nos forces en recevant et en pratiquant ses instructions. Car ses instructions sont la voie vers l'éveil, les moyens qui accompagnent l'émergence de notre potentiel.
Écoutons et mettons en œuvre les paroles de la guérison :
- Ne vous attachez pas aux activités de cette vie, car tout est impermanence. L'année prochaine, demain, ou l'instant d'après vous serez mort et le diamant de votre nature de bouddha s'enfouira dans les profondeurs de l'existence.
- Ne vous attachez pas aux bonheurs de l'existence, car nombreux sont les maux du samsara et le karma négatif s'accumule sans cesse.
- Ne vous attachez pas aux bonheurs de la paix du nirvana, car tant qu'un seul être vivant souffre, se croire heureux est signe d'illusion.
- Étudiez, pratiquez les instructions sur le développement de bodhicitta, tel est le remède à tous les poisons.
Suivant les instructions de l'ami de bien, nous entrons en refuge, nous confirmons notre motivation à l'éveil pour tous les vivants. Nous disons oui jusqu'au bout, dans la chaleur de la protection de l'ami de bien, dans la force de la confiance d'aspiration, nous partons pour le grand voyage. Tout est là, le voyageur et la destination, que le voyage commence.
Nous avançons en dévoilant les voiles et en développant les vertus et l'intelligence immédiate. Dans la voie du développement, l'apprentissage se déploie dans l'intelligence des six " paramitas ". Ce sont des accomplissements, des miroirs réfléchissant sans cesse notre image de pratiquant. Ce sont des forces de " désapprentissage " égotique, ce sont des vertus qui s'acquièrent dans la dépossession.
D'abord, nous nous donnons à l'éveil pour tous les vivants. De ce don découlera notre richesse, pour que la pratique soit bonne.
Puis nous nous disciplinons, nous devenons disciples de la santé. De la discipline émergera une bonne vie, pour que la pratique soit possible.
Ensuite nous devenons patients, pour que nous ayons un bon environnement de vie. La patience transforme tout en pratique. Dans la patience la pratique s'approfondit, la durée devient sa propre respiration.
L'effort est l'énergie du voyageur, le ressort pour gravir les obstacles, la ressource pour retrouver la lumière et atteindre l'éveil.
Enfin vient la " prajna ", la lumière qui libère, le soleil qui éclaire et chauffe sans condition. C'est la réalité dans sa parfaite et complète compréhension. Une perception globale, une
synthèse multiplicatrice de l'expérience de vie. Elle est le " non-soi " de la personne et des phénomènes. Dans l'union s'absorbent les tensions duelles. Le temps et l'espace se métamorphosent
; le premier devient éternité et le second, immensité.
Rinpoché chante la vacuité, comment peut-il nous la montrer autrement ? Et même si nous ne voyons rien, on se rapproche de lui. Au bout de l'interrogation, au bout de la fatigue et de la
confusion, sa présence comble les manques et rassure au-delà des doutes.
Après avoir parcouru la voie et les différentes terres de bodhisattva, on réalise l'éveil, les trois corps de l'état de bouddha. Bouddha veut dire : " tout dévoilé ", " tout réalisé ".
De la perfection de cet état se développe une activité non intentionnelle et bonne pour tous les vivants. L'activité de Bouddha est spontanée, elle œuvre harmonieusement pour faire mûrir les voiles des vivants. Sans produire aucune pensée, aucun effort, il dévoile les illusions. Il est comme le soleil dans un rayonnement universel.
Voici en quelques mots toute la grandeur de la Voie Universelle. Nous sommes pris de vertige devant l'ampleur de l'éveil, devant la puissance du guerrier de l'amour. Mais notre confiance a
grandi, l'auditeur hésitant a laissé la place au pratiquant conscient. Notre petitesse devient noble dans l'enracinement de la voie, elle devient forte grâce à la compréhension, à l'ami de bien
et à ses instructions.
Nous sommes prêts pour le vœu d'apprenti bodhisattva. La magie du Joyau magique a transformé notre fermeture égotique en égoïsme altruiste. Nous savons maintenant que ça n'existe pas de se voir
seul dans le bonheur.
En chantant les " manis " nous avançons vers Rinpoché pour dire oui. Nous nous connaissons maintenant, nous sommes des proches, le Dharma est notre route, le temple notre univers, le coussin notre assise.
Voilà, c'est fait, les bodhisattvas sont là, larmes et joies dessinent leurs visages. Intelligence et amour se déploient comme les ailes de " garuda ".
Après les agapes de la fraternité, préparées par des résidents merveilleux, la famille se disperse. Les apprentis bodhisattvas prennent leur envol, retournant dans leurs contrées. Dès là ils œuvreront et pratiqueront la Voie Universelle, jusqu'à l'éveil pour le bien de tous les vivants.
Nicolas.