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Mercredi 21 mai 2008 3 21 /05 /2008 06:30
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Hommage à l'immense Compassion

L’intégration en la vie.

L’intégration avec des méthodes particulières 

 

15 - Les meilleures méthodes sont quatre pratiques.

 

V – PRENDRE LE QUOTIDIEN COMME VOIE.

« Les meilleurs moyens adroits sont quatre applications. »

Il serait mieux de dire : « La meilleure des méthodes repose sur quatre actions. »

Nous avons vu des conseils au niveau relationnel puis des conseils au niveau immédiat, ultime, viennent ensuite des moyens particuliers. Ils se résument à ce qui est nommé « développement-dévoilement ».

Tout le cheminement est un double processus : de développement et de dévoilement. En dévoilant ce qui est négatif se développe ce qui est positif ; en dissolvant les illusions, la réalité émerge.


Il y a deux développements. Celui dit de bienfaits et celui dit d’intelligence immédiate.

Le premier est au niveau de l’action et le second au niveau de l’expérience immédiate de l’action. D’abord l’action juste, au sens relationnel, et ensuite la justesse fondamentale qui vient dans l’expérience immédiate de l’action, l’immédiateté de l’action.

Le développement de bienfaits

Le développement de bienfaits est d’agir de façon juste. C’est un développement de « faire juste ». C’est tout ce qui est fait inspiré par la présence du cœur-esprit éveillé.

C’est tout ce qui va dans le sens de l’échange juste, ce qui va dans le sens de l’union, de l’ouverture, de la rencontre, de la communication, de la compassion.

Il y a toutes sortes d’actions : du corps, de la parole et de l’esprit.

Pour ce qui est des bienfaits, on parle des dix actes positifs. Il y en a trois du corps, quatre de la parole et trois de l’esprit.

C’est aussi, d’une façon plus générale, tout ce qui est authentiquement motivé par une attitude éveillée du cœur et de l’esprit : c’est tout ce qui est fait avec bodhicitta. Ce sont aussi toutes les actions du Dharma : tout ce que nous faisons dans la pratique au niveau du corps, de la parole et de l’esprit.

Le développement de bienfaits met de l’ordre dans notre vie et il pose le terrain, le cadre dans lequel l’intelligence immédiate peut s’éveiller.

C’est dans l’action juste que l’intelligence immédiate peut émerger. C’est pourquoi il y a un rapport étroit entre ces deux développements.


Mais ce développement de bienfaits doit se faire libéré des espoirs et des craintes. C’est pourquoi, dans son commentaire, Kontrul Rinpoché nous propose d’y associer une forme de prière qui libère des espoirs et des craintes et qui nous permet de ne pas nous engager dans une pratique de bienfaits ambitieuse.

Cette prière dit :

« S’il est bon que je vive, puissè-je vivre ; s’il est bon que je meure, puissè-je mourir ; s’il est bon que je sois malade, que je sois malade ; s’il est bon que je sois en bonne santé, que je sois en santé... »

Au-delà de tous les espoirs et de toutes les craintes, nous acceptons la situation. Cette prière ne s’adresse pas particulièrement à quelqu’un d’autre mais demande que, s’il en est ainsi, qu’il en soit ainsi.

C’est une acceptation pleine de la situation et de la façon dont celle-ci se manifeste.

Certaines fois on parle aussi d’accumulation de mérites, mais il est préférable d’éviter cette expression car elle suggère une attitude d’accumulation : nous ferions notre petit magot, comme un écureuil qui accumule des noisettes. « Mérite » aussi pose problème : nous ne sommes pas de bons garçons ou de bonnes filles qui, s’étant bien conduits, ont été méritants et ont droit à une récompense.

L’idée est d’agir de façon juste. C’est ce que nous essayons de rendre dans la notion de bienfaits, entendu comme bien faire.

Le fait de bien faire est un bien fait et amène des bienfaits. Les bienfaits sont toutes les actions qui vont dans le sens de l’éveil, du dépassement d’une attitude égoïste.

Il est donc bon, en toutes circonstances, d’essayer d’agir de façon juste, c’est-à-dire d’éviter autant que nous le pouvons les actes négatifs, ceux-ci étant source de souffrance et de méfaits, et de cultiver les actes bénéfiques qui sont source de bonheur et de bienfaits.

Le dévoilement et les quatre forces

Le dévoilement est le processus inverse, c’est-à-dire la chute des voiles que sont les différentes strates d’illusions. Au fur et à mesure que ces voiles se dissipent, ce qui fait obstacle au développement de bienfaits et d’intelligence immédiate se dissipe aussi.

Sur la voie, progressivement, les illusions se dissipent et les qualités de l’environnement se révèlent : c’est l’émergence des qualités d’un Bouddha – le terme du développement-dévoilement étant la réalisation complète de ces qualités d’état de Bouddha.

Le processus est semblable à celui du lever du jour. Il fait nuit et nous ne voyons presque rien puis, petit à petit, l’obscurité se dissipe – c’est le dévoilement – et la clarté, la luminosité de la lumière se développe, apparaît : c’est le développement.


L’idée est que nous cessons de refouler les coins obscurs de notre personne, de notre esprit et que nous acceptons de les dévoiler. Le dévoilement ici a une fonction purificatrice : il permet aux empreintes négatives dont nous sommes imprégnés de se libérer et de se dissoudre.

Cette pratique de dévoilement est fondée sur quatre forces appelées les quatre forces de purification.

La première est le renoncement-regret. C’est un renoncement joyeux qui est d’abandonner ce qui n’est pas bon, ce que nous comprenons ne pas être bon. Il y a, associée à ce renoncement, une attitude de détachement, de regret même de ne pas avoir vu plus tôt la négativité d’une activité.

Pour purifier une empreinte négative, cette attitude de regret est la première à avoir : nous en avons assez d’être ainsi imprégné, nous sommes fatigué d’une activité négative et nous la regrettons. C’est comme si nous avions absorbé un poison.

Le regret ici n’est pas particulièrement de se sentir coupable : c’est constater que nous sommes intoxiqué, que nous avons pris du poison...


Mais, après cet empoisonnement, on a besoin de faire quelque chose, d’un lavage. C’est là qu’intervient la deuxième force : elle consiste à développer en soi une détermination à ne pas réitérer ce genre d’activité et à s’en détourner. C’est la force de la résolution.


La troisième force est dite du support. Pour que le dévoilement ou la purification soit effectifs, il faut l’intervention d’un certain point d’appui, ou d’un certain support, qui est par exemple la prise refuge, l’ouverture à l’éveil, ou le développement de bodhicitta, ou dans certains autres cas des pratiques particulières avec des méditations, des récitations spéciales.

Dans le contexte de la pratique actuelle, le fait de prendre refuge, de s’ouvrir sincèrement à l’éveil, aux Trois Joyaux et de développer sincèrement en soi bodhicitta est ce support.


La quatrième force est celle de l’antidote ou de l’activité remède.

Elle consiste à s’entraîner à développer le contraire de l’activité négative ou de l’empreinte négative que nous souhaitons dissiper. Il s’agit de nous appliquer tout particulièrement à ne pas abonder dans le sens de cette négativité et à cultiver son contraire.

Si nous avons tendance à voler, nous serons attentif à être généreux, à savoir donner ; si nous avons tendance à être violent, nous essaierons de développer une attitude douce, non agressive.


Ce sont les quatre forces de purification, les quatre forces pour régler les contentieux et litiges avec soi-même – soi-même étant ce qu’on est en soi –, avec la nature de Bouddha.

Le don de torma

La troisième de ces quatre applications est le don de torma. Une torma est un gâteau rituel et nous l’offrons à nos démons ; ce qui ne signifie pas particulièrement que nous les nourrissons pour qu’ils nous laissent tranquilles.

La notion de torma fait appel à la fois au don et à la compassion. « Tor » signifie donner ou envoyer, abandonner, et « ma », qui entre autres a le sens de « mère », véhicule ici l’idée de douceur et de compassion. Offrir des torma est donner avec amour à ceux qui nous font du tort, à ceux qui nous font mal.

Cette pratique est associée à ce qu’on peut appeler nos démons. Le mot tibétain est « deun » et il fait référence à des événements qui se manifestent en nous et qui, d’une façon incontrôlable et non raisonnée, nous font soudainement agir de façon complètement passionnée, agressive, concupiscente ou orgueilleuse.

Les choses vont bien, nous sommes dans un état naturel, nous n’avons pas de problèmes particuliers et très rapidement, nous devenons furieux, mauvais ou avides.

On pourrait parler d’accès passionnel. C’est ce à quoi on se réfère en tant que deun.

Tout d’un coup nous ne sommes plus normal, nous sommes comme possédé, comme si une influence extérieure s’était emparée de nous : nous sommes sous son influence et elle nous possède.

Il s’agit finalement, dans l’offrande de torma, d’appliquer tonglèn. Nous avons habituellement tendance à essayer de trouver quelque stratagème pour nous débarrasser de ces deun, les expulser et ne plus en entendre parler ; ici au contraire nous les invitons. « Du fait d’une certaine dette, d’un certain contentieux antérieur, vous m’attaquez, bienvenue, venez, prenez-moi, servez-vous, revenez, continuez. » C’est ce genre d’attitude d’accueil et aussi de don ; nous nous offrons à eux : « Servez-vous, prenez votre dû, prenez ce qu’il vous plaît, faites-en à votre aise. » La formule dit :

« C’est très bien que vous veniez prendre la dette que j’ai envers vous, que vous saisissiez ce que je vous dois, veillez à revenir. »

Dans certaines pratiques rituelles, la torma représente notre être, ce que nous sommes, et si nous avons un sens profond de la pratique rituelle et que nous sommes capable de percevoir le geste de l’offrande comme étant l’expression d’une attitude intérieure d’ouverture et de don, le fait d’offrir notre être, de nous ouvrir, peut opérer une transformation véritable...

Donc nous nous abandonnons avec amour à ceux qui nous possèdent, à ce qui nous veut. On paye de soi dans un geste d’amour.

Le don de torma est, dans une dimension intérieure et symbolique, cette acceptation, cette ouverture, ce don par rapport à nos démons, à nos « deun intérieurs ». Mais cela demande une préparation, une éducation particulière que d’ordinaire nous n’avons pas...

L’offrande de torma

Le deuxième type de torma est offert aux protecteurs : les dharmapala.

Qu’est-ce que les dharmapala ? Ce sont ceux qui protègent le Dharma. Ce sont ceux qui protègent la réalité. C’est pourquoi on en parle comme des protecteurs du Dharma. C’est un aspect de l’éveil, un aspect du Bouddha qui représente notre intelligence éveillée et dont la fonction est de prendre soin de nous, de nous protéger de la confusion, des illusions et des passions.

Le dharmapala est une expression de l’éveil et de la bonté fondamentale qui lui est inhérente.

Il se présente sous une forme capable de prendre soin de nous et, dans la relation que nous développons avec, capable de nous renvoyer à l’éveil, de nous remettre sur sa voie chaque fois que notre mental, dans son agitation, aurait tendance à s’en écarter.

Lorsque nous le pouvons, il est bien de faire appel et d’utiliser cette force qui a le pouvoir, quand nous entrons en sa présence, de réduire la frivolité du mental, son agitation et de nous envoyer des signes, de nous envoyer des messages lorsque nous nous écartons de la pratique juste du Dharma.

Donc l’offrande de torma est le fait ici d’entrer dans la présence et dans la réalité du dharmapala et par cela de se placer sous sa protection.

Cette protection est l’insurpassable protection de shunyata et cette protection du Dharma se trouve dans l’expérience d’ouverture, de clarté et de disponibilité : le trikaya, les trois corps.

L’offrande de torma, d’abandon dans l’amour, est l’abandon dans la confiance fondamentale. L’amour et la confiance fondamentale procèdent d’une même racine.

Nous donnons, nous nous donnons, nous donnons notre esprit, nous abandonnons notre esprit à l’expérience d’ouverture, de clarté et de disponibilité.

C’est ce qu’exprime symboliquement l’offrande de torma aux dharmapala. Les dharmapala sont ces énergies qui nous viennent de l’expérience d’ouverture, de clarté et de disponibilité et qui agissent en protégeant le Dharma, en protégeant l’expérience authentique.

En offrant les torma, nous nous confions à la bonté fondamentale.

D’un certain côté on pourrait dire que nous la mettons de notre côté et, d’un autre côté, on pourrait dire que nous nous mettons de son côté.

C’est une perspective centrée vers la réalité. Nous nous mettons du bon côté... ou nous mettons ceux qui sont bons de notre côté. Ce sont deux façons similaires de parler.

C’est, dans l’usage de symboles opératifs, une pratique propitiatoire.

Comme vous le voyez, c’est une pratique un peu complexe et délicate. Elle est abordée éventuellement à certains moments dans la progression, mais disons que ça n’est pas quelque chose de fondamental.

C’est un moyen supplémentaire pouvant aider au dévoilement-développement dans la pratique symbolique, mais qui requiert déjà une certaine préparation.

à suivre...

Par Yéché Djangsem - Publié dans : Maximes Lodjong
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