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Samedi 4 octobre 2008 6 04 /10 /2008 06:30
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Hommage à l'immense Compassion

XI – Méditations guidées

Deuxième méditation guidée

La pratique de tonglèn a pour fonction d’ouvrir le cœur-esprit, de développer le cœur-esprit éveillé au niveau relatif. Pour ouvrir notre cœur et notre esprit, nous apprenons à dépasser la barrière qui habituellement nous fait être fermé, nous enferme. Nous dépassons la barrière de la dualité, de l’ego, la barrière qu’est la paroi du cocon de notre ego, en recevant et en donnant, en acceptant de recevoir et en acceptant de donner.

Nous apprenons à recevoir et à offrir d’abord assis puis, lorsque nous avons commencé à expérimenter ce dont il s’agit, nous pouvons l’appliquer de plus en plus dans les situations quotidiennes.

Cette méditation commence en découvrant que nous avons une sensibilité profonde, que nous ne sommes pas foncièrement insensible. Même si nous sommes dur, même si nous sommes « carapacé », blindé, même si nous sommes des dinosaures ou des crocodiles à l’épaisse carapace, il y a aux articulations des points sensibles... et derrière la carapace quelle qu’elle soit, il y a une sensibilité, une réceptivité et une disponibilité : l’amour et la compassion authentiques. Dans certaines situations, nous ne pouvons pas être insensible et lorsque nous sommes ainsi touché, il y a en nous une capacité à dépasser l’attitude égoïste, égocentrée habituelle : à accepter ce qu’habituellement nous refusons et à donner, à offrir ce qu’habituellement nous aurions retenu.

Nous allons commencer très simplement cette méditation. Nous sommes assis, confortablement posé, nous relâchons les tensions et nous évoquons une situation à laquelle nous sommes particulièrement sensible. Nous pensons à une personne qui nous est particulièrement chère et nous nous rendons compte que si cette personne était en difficulté devant nous, nous ne pourrions pas rester insensible : nous serions profondément touché et nous ferions tout pour l’aider, la secourir. Nous serions à la fois totalement réceptif à sa peine et tout disposé à donner tout ce qui est en notre pouvoir pour l’aider, la soulager, lui apporter réconfort. C’est ainsi, de différentes façons, que nous découvrons cette sensibilité, ce point sensible.

Dans cette situation particulière, nous méditons que nous nous ouvrons à la souffrance de cette personne. Plutôt que de rester indifférent, nous acceptons d’être touché, nous acceptons de partager sa peine et de compatir. Nous sommes prêt à recevoir quelque chose qui d’ordinaire serait jugé difficile ou que nous aurions tendance à écarter. Dans cette même situation, nous sommes prêt à donner à cette personne, à lui apporter de toutes les façons possibles. C’est alors que dans cette situation nous pouvons pratiquer tonglèn, accepter et donner, recevoir et offrir.

Dans ces développements cette méditation associe ce mouvement de recevoir et d’offrir à une représentation. Nous nous imaginons accepter l’indésirable sous une forme sombre, qui représente la négativité, ce qui est douloureux, pénible, et ce qui est donné, ce que nous avons de positif, est représenté par une forme claire, lumineuse, brillante.

Lorsque nous avons ainsi pratiqué recevoir et offrir associé à cette représentation, nous l’associons au rythme de la respiration. Avec l’inspiration nous acceptons. Pendant l’inspiration nous prenons l’air et nous nous ouvrons, nous sommes pénétré par l’air qui entre en nos poumons et nous acceptons : nous acceptons d’incorporer ce qui est difficile, ce qui est négatif, sous une forme sombre. Et avec l’expiration nous donnons, nous offrons ce qui est positif, ce qui est lumineux, agréable.

Nous essayons pendant quelques temps de respirer ainsi, dans cette situation particulière, en nous exposant et en donnant.

Dans cette attitude du cœur-esprit, il ne s’agit pas de se charger de ce qui est négatif et de se décharger ou de se vider de ce qui est positif. Lorsque nous acceptons le négatif, nous ne nous remplissons pas de cette négativité mais nous la laissons pénétrer jusque dans notre cœur, jusqu’au plus profond de notre cœur, jusqu’au cœur de notre cœur, dans une attitude libre de toute résistance.

En allant ainsi jusqu’au plus profond de notre cœur, dans cette absence de toute résistance, ce qui est incorporé se dissout et ne reste pas emmagasiné. Il y a une exposition complète mais ce à quoi nous sommes exposé n’a pas de consistance solide, dur et, au plus profond de notre cœur, se dissout en une sorte de transparence. Analogiquement, lorsque nous donnons, nous n’avons pas le sentiment de nous « vider ». Le don part aussi du plus profond de notre cœur et en donnant sans réserve, sans résistance, sans fixation, nous découvrons une capacité à donner et un trésor intérieur qui siège au plus profond de notre cœur, dans la grotte du centre de notre cœur. C’est de ce trésor, de cette plénitude que rayonne le don, l’offrande sous la forme lumineuse dont nous parlions.

Nous méditons à nouveau en associant cette disposition d’esprit à la respiration. En inspirant il y a l’acceptation de ce qui est négatif, difficile, douloureux, sous une forme sombre et fumeuse qui, au plus profond de notre cœur, se dissout, s’évanouit. Il y a un instant, à ce moment là, libre de toute fixation. Puis du plus profond de notre cœur irradie, émane, sous une forme claire, lumineuse, ce qui est donné, offert et dédié. Nous faisons cela toujours dans cette situation particulière, avec cette personne avec laquelle nous avons une connexion de cœur profond. Nous méditons ainsi pendant quelques instants.

Lorsque nous avons un petit peu découvert cette capacité et ce mouvement d’acceptation et de don, nous méditons ensuite pour prendre conscience que tout être et toute personne sont fondamentalement égaux. Chaque être, humain et non humain, a une même aspiration au bonheur, au bien-être. Chaque être, chaque personne, exactement comme nous, aspire au bien-être. Nous méditons ainsi sur l’égalité de tous. De ce point de vue, toute personne qui qu’elle soit est exactement comme nous. Nous pouvons donc avoir par rapport à n’importe quelle personne l’attitude que nous avons vis-à-vis de nous-même ou des personnes que nous aimons entre toutes : nos parents, nos frères...

Dans ce sentiment, dans cette conscience de l’égalité essentielle de toute personne, nous apprenons à développer l’échange : accepter et donner, recevoir et offrir. Nous commençons par nos proches, ceux avec lesquels c’est le plus facile, puis petit à petit nous étendons la méditation aux personnes en général – celles qui ne nous sont ni particulièrement proches ni particulièrement lointaines – et finalement nous l’étendons aux personnes pour lesquelles nous avons de l’aversion, une difficulté ou que nous considérons comme des rivaux, des ennemis.

Un point particulièrement important est que l’acceptation et le don se fassent dans et du cœur de notre cœur, c’est-à-dire en allant jusqu’à la dissolution qui vient du dépassement de tout refus, de toute résistance, et l’émergence ensuite du positif venant aussi du plus profond de nous-mêmes, d’une source qui se découvre intarissable.

Nous allons pendant quelques minutes essayer d’entrer dans l’acceptation et le don avec une personne de notre choix. Comme précédemment nous appliquons les représentations sombre et claire à l’alternance de la respiration.

Durant cette pratique, nous passons longtemps dans ces différentes étapes mais lorsqu’une certaine expérience de cet échange est née, lorsque nous en avons vécu quelque chose, il s’agit de transposer cette attitude dans les situations très simples et concrètes de la vie quotidienne : à dire oui à ce qui est désagréable et à pouvoir offrir, donner ce qui est bon.

Lorsqu’il y a avec une personne de notre entourage un différent, une difficulté, il est aussi très utile, très profond de pouvoir ainsi pratiquer tonglèn.

Il est très important de le faire a posteriori, après une situation difficile, mais il est aussi important de le faire de façon préventive pour dépasser des a priori ou des attitudes d’inimitié.

Lorsque nous sommes en situation d’échange, de communication, il s’agit d’accepter l’autre. Il n’y a d’ailleurs pas nécessairement quelque chose de particulièrement difficile ou problématique : c’est aussi une méthode de communication profonde ; c’est la communication d’un bodhisattva.

Voilà, cette méditation est extrêmement profonde et efficace pour transformer notre mentalité, notre mode de fonctionnent égocentré, égoïste habituel.

Fin

Par Yéché Djangsem - Publié dans : Maximes Lodjong
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