Lundi 20 octobre 2008
1
20
/10
/2008
06:00
Lire l'avant propos
Qui meurt, qui naît ?
De l'illusion à l'immortalité
Par Lama Denys Teundroup
L’illustration du rêve
L’illusion dualiste de la conscience peut être comprise par l’exemple du rêve
La structure de la conscience, son illusion par le pouvoir du karma, ses transmigrations de naissances en morts peuvent être mieux comprises avec l'aide d'un exemple, celui du rêve.
En préliminaire, comprenons bien que l'illustration que nous allons utiliser est une analogie, c'est-à-dire que les modalités de la conscience onirique, de la conscience de l'état de veille et de
la conscience du bardo sont comparables dans leur structure, ce sont des illusions conditionnées par le karma.
Comprenons bien aussi que l'état de rêve, de veille ou du bardo sont sur des plans d'existence différents et ont chacun des particularités spécifiques.
L'analogie porte donc sur l'illusion dualiste de la conscience, et plus particulièrement sur l'illusion du sujet en rapport avec ses projections qu'il perçoit comme des entités lui étant
extérieures. Entrons maintenant dans notre exemple et examinons-le en reprenant les différentes perspectives que nous avons évoquées.
L'illusion : le rêveur ignore la nature de ses propres productions
L'esprit du rêveur produit toutes les expériences oniriques, ce qui est bien évident pour un observateur extérieur, mais ne l'est pas du tout pour le rêveur lui-même, du moins aussi longtemps
qu'il rêve, car il ne reconnaît son rêve comme tel que lorsqu'il se réveille.
Bien qu'il soit le créateur de tout son monde onirique, le rêveur n'a pas la notion de son origine, il ne le vit pas comme sa propre production.
C'est un premier aspect général de son illusion.
La dualité : la dichotomie de l’esprit rêvant est analogue à celle de l’état de veille et du bardo
Plus particulièrement durant le rêve, l'esprit producteur de toutes les manifestations se scinde en deux. En effet, les scènes du monde onirique sont perçues à partir d'un point d'observation où
se situe l'observateur, le témoin. Il y a ainsi l'observateur et l'observé, le sujet et l'objet. Ces expériences de sujet et d'objets oniriques sont produites par l'esprit, fondamentalement un,
qui s'est pourtant dans cet état divisé en deux pôles, l'un percevant l'autre. Cette dichotomie de l'esprit onirique peut, par transposition, nous aider à comprendre la constitution de la dualité
dans la conscience de l'état de veille et du bardo, et son illusion dualiste qui, comme nous l'avons dit, est analogue dans ces différents états.
L'identification : généralement, le rêveur s’identifie à son corps onirique
L'illusion du rêve va encore plus loin. Mettons-nous, si vous voulez bien, à la place du rêveur ; c'est une place qui nous est familière, ce qui va nous aider.
Ce rêveur s'identifie au pôle sujet-observateur des productions oniriques de son esprit. Souvent, même, il développe une sorte de production secondaire qui donne une forme et une identité à ce
sujet. C'est son corps onirique semblable à celui qui lui est coutumier à l'état de veille ou différent de celui-ci.
Lorsque nous rêvons, nous expérimentons ce corps et cette identité oniriques comme étant « moi ». Nous nous y identifions généralement complètement.
Le karma : le rêve est induit et conditionné par les imprégnations inconscientes (samskara)
Maintenant que nous avons schématisé l'illusion du rêve, il est important de comprendre la fonction du karma dans cette illusion. Nous l'avons déjà évoqué comme étant élément inducteur et
conditionnant de la conscience dualiste. Son fonctionnement devrait nous apparaître plus spécifiquement dans l'exemple du rêve.
Il est facilement compréhensible que le rêve et son contenu sont induits par les empreintes latentes en notre esprit. Le rêve est une production de notre inconscient, comme disent les
psychologues. Il est induit et conditionné par les imprégnations (samskara) subconscientes qui subsistent dans la conscience fondamentale (l'alaya-Vijnana).
L'action de ses imprégnations est précisément celle du karma. Les samskara sont l'aspect actif du karma qui apparaît bien ainsi comme l'élément créateur et déterminant du contenu onirique.
Il est clair aussi que ces empreintes, ces imprégnations, ont leur origine dans des évènements de notre passé proche ou lointain. La situation présente offre à ces empreintes le contexte qui rend
possible leur actualisation, elle a ainsi simplement un rôle révélateur ou activateur.
Ensuite, la façon dont nous réagissons à leurs manifestations va, à son tour, laisser de nouvelles empreintes susceptibles de devenir de nouvelles inductions. Empreinte, induction, réaction,
nouvelle empreinte, nouvelle induction, etc., le cycle karmique poursuit sa séquence.
Il y a ainsi une succession d'instants de conscience ou une succession de rêves, chacun induit et conditionné par un facteur karmique. Chaque instant de conscience est la résultante de
différentes composantes karmiques dont les interactions et les compositions se perpétuent en longues séries.
Chacun de ces états de conscience, ou de ces instants de rêve, est comme une petite vie, conditionnée par le karma, avec un début et une fin, une naissance et une mort.
A suivre...