Vendredi 24 octobre 2008
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Qui meurt, qui naît ?
De l'illusion à l'immortalité
Par Lama Denys Teundroup
La mort de l'ego
La mort de l’ego – fin de Namché, ou réalisation – est la naissance à la vie éternelle, Yéché
Ces considérations sur la conscience et le rêve sont au cœur de notre sujet. En effet, la mort est ma fin ; la fin de moi c'est la fin du moi-ego, la perte de son identité.
La compréhension du caractère illusoire du moi-ego, de notre conscience dualiste (Namché), nous fait aussi réaliser le caractère illusoire de la mort de cette individualité moi-ego.
Si nous réalisions que l'existence du moi-ego est illusoire, notre mort, qui en est la fin, ne serait plus que la fin d'une illusion !
La mort est traumatique dans la mesure où nous refusons d'y perdre notre identité, dans la mesure où nous croyons exister et ne voulons pas disparaître.
En outre, plus nous croirons exister et serons fixés sur notre existence, plus nous mourrons et souffrirons, alors qu'inversement, moins nous y serons fixés, moins nous mourrons et
souffrirons.
À la limite, celui qui a réalisé qu'il n'existe pas vraiment et qui n'est nullement fixé sur ce qui n'est qu'une illusion, ne mourra et ne souffrira aucunement.
Ceux qui, dans la réalisation spirituelle, meurent à eux-mêmes, meurent à leur ego, ne connaîtront plus la mort (ce qui ne veut pourtant pas dire que leur corps ne disparaîtra pas !).
Ils sont immortels, ils naissent à la vie éternelle. Cette mort spirituelle est la mort de la conscience dualiste (Namché), elle est aussi la naissance à la connaissance non dualiste (Yéché).
Yéché et Namché : notre double nature, pure et impure, non dualiste et dualiste
Notre esprit humain participe constamment d'une double nature, pure et impure, réelle et illusoire, non dualiste et dualiste. Cette nature correspond à :
– Celle de Yéché qui est notre réalité profonde. C'est le Pur esprit, la nature de bouddha, au-delà de la mort et de la naissance, sans origine et sans fin. Son expérience est le nirvana. Yéché,
dans la tradition tantrique, correspond à l'expérience de la Claire lumière, la luminosité fondamentale de l'esprit.
– Ignorant habituellement la nature de Yéché, cette réalité profonde, nous vivons dans celle de Namché : réalité de surface constituée par les illusions qui recouvrent notre véritable nature.
Cette réalité de surface, ou réalité d'apparence, est la succession des états de conscience dualistes qui constituent le samsara.
Tout le cheminement spirituel peut se résumer en la transformation ou la transmutation de Namché en Yéché, de la conscience dualiste égotique en l'intelligence primordiale non dualiste.
Le passage de Namché à Yéché est un processus de dépolarisation de la conscience
Dans ce passage de Namché à Yéché, c'est la conscience dualiste qui se destructure, qui se dissout ; en fait, on pourrait dire qu'elle se dépolarise.
En physique, le phénomène électromagnétique peut donner une image de ce processus : lorsqu'on aimante un barreau d'acier, on fait apparaître à ses extrémités un pôle « nord » et un pôle « sud
».
Ces deux pôles apparaissent conjointement : l'un ne peut exister sans l'autre.
Si, par une opération inverse, on désaimante le barreau, les masses magnétiques des deux pôles diminuent simultanément ; de même, elles ne peuvent qu'augmenter simultanément.
Le processus de dissolution progressive de la conscience et de ses constituants objectifs
Nous avons vu déjà que la conscience est une structure bipolaire sujet-objet, polarisée, dirons-nous, par le karma, et que ces deux pôles sujet-objet n'existent qu'en corrélation, croissent
et décroissent simultanément.
Plus la polarisation est forte plus le sujet existe et, corrélativement, plus l'objet existe aussi. Inversement, moins la polarisation karmique est forte, moins le sujet existe et,
corrélativement, moins l'objet existe.
C'est, à la limite, en l'absence de toute polarisation karmique qu'il n'y aura plus ni sujet ni objet, ce qui est précisément la fin du samsara et l'avènement de Yéché.
Cette dépolarisation est décrite dans les enseignements du bardo en terme de dissolution progressive des constituants objectifs de notre monde dualiste et de sa conscience.
C'est ainsi que le bardo du moment de la mort envisage plusieurs phases de dissolution, respectivement des éléments terre, eau, feu, et air, puis de la conscience en la vacuité non dualiste.
A suivre...