Dimanche 26 octobre 2008
7
26
/10
/2008
06:00
Lire l'avant propos
Qui meurt, qui naît ?
De l'illusion à l'immortalité
Par Lama Denys Teundroup
Le bardo du moment de la mort (tchika bardo)
L’existence – naissance et mort – dans la perspective cyclique et perpétuelle des bardo
Nous allons maintenant considérer cette mort de l'ego, mort de l'illusion dualiste telle qu'elle est décrite dans le bardo du moment de la mort, le tchika bardo.
Disons d'abord quelques mots pour expliquer la notion de bardo.
Le dharma considère l'existence, naissance et mort, non pas selon une perspective linéaire dans laquelle la vie commence par la naissance et finit à la mort, mais selon une perspective cyclique
dans laquelle la mort est nécessaire à la naissance qui la contient en elle-même comme son devenir inéluctable.
Dans cette perspective, morts et naissances alternent, constituant le cycle des existences ou l'existence cyclique, le samsara.
Les instants de conscience élémentaires sont le premier niveau d’alternance cyclique
Cette alternance cyclique peut s'appliquer à tous les niveaux de nos expériences ordinaires, à commencer par la succession de nos instants de conscience.
La continuité de notre moi-ego est une série d'instants de conscience élémentaires qui, dans une succession rapide, donne l'illusion d'une existence continue à laquelle nous nous identifions.
Ce déroulement d'instants de conscience pourrait être comparé aux images d'un film qui, dans leur défilement rapide, produisent l'apparence d'une continuité.
Fondamentalement, le passage d'un instant de conscience au suivant est, au niveau élémentaire, le passage d'une existence à la suivante, d'une vie à une autre vie.
Ce sont des alternances d'expérience de Namché suivie d'une dissolution en Yéché et d'une réapparition de Namché.
Ces alternances, ce processus de transition sont, au sens large, la notion de bardo. Bar signifie « entre » et do signifie « deux ». Un bardo est donc un « entre-deux », une transition
entre deux états.
Notre existence est un mouvement constant, une transition perpétuelle. Nous venons de quelque part et nous nous acheminons vers un ailleurs ; nous sommes toujours entre deux, en devenir.
La résorption, du grossier au subtil, des éléments objectifs et de la conscience subjective
Nous avons évoqué précédemment le moment de la mort comme la dissolution des différents principes : terre, eau, feu, air, qui sont les éléments constitutifs des apparences phénoménales et de
la solidité de notre monde objectif, puis la dissolution de la conscience individuelle.
Les résorptions des éléments objectifs et de la conscience subjective ne sont pas envisagées de façons concomitantes, ce qui correspondrait à des dépolarisations simultanées (une telle séquence
synchrone est quelquefois décrite dans les textes traditionnels mais ce n'est pas la plus fréquente), mais plutôt selon une progression des éléments les plus grossiers vers les plus subtils.
Correspondance entre phases de résorption des éléments et expériences du tchika bardo
C'est ainsi que, d'abord, l'élément terre se dissout dans l'élément eau, puis l'eau dans le feu et le feu dans l'air. À chacune de ces phases correspondent différentes expériences que l'on
appelle les expériences du bardo du moment de la mort : impression d'être pesant, de perdre pied, d'être englouti, d'être emporté, impressions de grondements, etc.
Ce sont certaines de ces expériences qui ont été récemment mises en rapport avec les expériences d'imminence de la mort (E.M.I.). De telles expériences ont été recensées et analysées dans
différents travaux américains et français.
A suivre...