Mardi 28 octobre 2008
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Qui meurt, qui naît ?
De l'illusion à l'immortalité
Par Lama Denys Teundroup
Le bardo du moment de la mort (tchika bardo)
Expériences des trois lumières et dissolution de la conscience individuelle en la vacuité
Ensuite, viennent successivement les expériences des « trois lumières »; ce sont les étapes dites de « la luminosité » (tib. : nangoua, écrit : snang ba), de « l'expansion » (tib. : tchépa,
écrit : mched pa) et de « l'obtention » (tib. : tobpa, écrit : thob pa). Elles correspondent à la dissolution de la conscience individuelle en la vacuité.
-Nangoua est l’expérience d’une luminosité blanche comparable à celle du clair de lune
Le nom de cette première phase, nangoua, signifie clarté ou luminosité, ou encore apparence.
Elle est caractérisée par une apparence claire qu'on appelle la « vision blanche » (karlam) ou « blancheur », c'est l'expérience d'une luminosité blanche comparable à celle du clair de
lune.
-Tchépa est l’expansion de l’expérience de clarté, une vision comme la lumière du soleil
Le nom de la deuxième étape, tché-pa, signifie expansion ou intensification : l'expérience de dissolution se poursuit et la luminosité s'intensifie avec l'accroissement de l'expérience de
clarté.
Elle est décrite comme une vision, rougeoyante ou dorée, que l'on appelle marlam, comme la lumière du soleil !
-Thobpa, fin de la dissolution, est d’abord comme un moment d’obscurité, d’inconscience
Ensuite vient thob-pa, qui signifie littéralement obtention. C'est l'étape finale de la dissolution : une expérience au-delà des luminosités lunaire et solaire.
Durant celle-ci, l'énergie de l'esprit, son souffle, le prana, ne demeure plus que dans le cœur. L'expérience de Namché, de la conscience dualiste et de ses projections, s'interrompt.
Cette interruption est d'abord comme un moment d'obscurité, une sorte de black-out. Tout se passe comme si, à un certain moment, on préférait s'évanouir plutôt que de reconnaître Yéché, la Claire
lumière fondamentale.
Cet évanouissement constituera, pour une personne ordinaire, le point final du processus de résorption et du bardo du moment de la mort.
Si thobpa est reconnue comme luminosité fondamentale, Claire lumière, c’est la libération
Pour un yogi, ou une yogini, entraînés, cet état d'inconscience ne dure pas. Plutôt que cette phase d'obscurité, ils font l'expérience de la Claire lumière ; l'obscurité se fond dans ce
qu'on appelle la « luminosité fondamentale » (tib. : Chi eussel, écrit : gzhi 'od gsal). C'est l'expérience de Yéché, de la luminosité ou de la lucidité non dualiste de l'esprit d'un Bouddha. Un
yogi, ou une yogini, peu entraîné peut faire l'expérience fugitive de cette Claire lumière, puis la perdre, si l'on peut dire. Seuls ceux qui en ont déjà eu de leur vivant une réalisation stable
peuvent s'y unir et obtenir la délivrance finale. Dans ce cas, l'expérience de luminosité que le yogi a faite dans sa vie, que l'on appelle la Claire lumière-fille ou la Claire lumière de
méditation, se fond ou s'immerge dans la Claire lumière-mère : la Claire lumière fondamentale.
Celle-ci, pleinement reconnue et réalisée, le cercle des conditionnements de la conscience est brisé, le cycle est dénoué : c'est la fin du samsara. Dans ce cas, celui d'un être qui a la
réalisation pleine et totale, qui est arrivé à l'épuisement des tendances karmiques, cette dissolution est l'extinction finale de l'individualité, le nirvana.
Ce processus de dissolution s'appelle en tibétain Lhènkyé kyi nang-oua soum, « les trois luminosités (de l'intelligence primordiale) innée ». Leur manifestation est naturelle, inhérente à la
structure même de la conscience et, en ce sens, universel.
Sinon la conscience renaît par coagulation, processus symétrique de celui de dissolution
Dans tous les autres cas, ceux des yogis, ou des yoginis, peu entraînés ou des personnes ordinaires, l'expérience de la Claire lumière est passagère, extrêmement fugitive ou pratiquement
imperceptible.
Après la phase d'inconscience qui s'y substitue et qui dure le temps du tcheunyid bardo, le bardo de la nature fondamentale, il y a un renouveau de la conscience. C'est alors que se
manifeste, symétrique par rapport au processus de dissolution, un processus de solidification ou de coagulation qui est décrit suivant trois étapes qui portent le même nom que celles du processus
de dissolution : nang, tché, thob, et qui sont leur répétition en sens inverse.
Ce sont les « trois apparences constitutives de la fixation dualiste de l'ego » (dan dzinn gui nangoua soum). Elles correspondent à une reprise de conscience et à l'entrée dans le sipa-bardo.
Le bardo du devenir achemine la conscience vers le kyéchi bardo ou grande renaissance
Il y a encore, au sein de celui-ci, une succession de petites morts et de petites naissances, de pertes de conscience et de renouveaux de celle-ci, qui achemine la conscience vers une grande
renaissance qui correspond à l'entrée dans le bardo de la naisance à la mort, le kyéchi bardo.
A suivre...