Mardi 4 novembre 2008
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Qui meurt, qui naît ?
De l'illusion à l'immortalité
Par Lama Denys Teundroup
L'immortalité
La réalisation de Yéché est illustrée par l’arbre Changpa-kagyu de la réalisation
Ainsi, la réalisation de Yéché est la vie éternelle, l'immortalité.
Pour illustrer ceci, voici un court texte qui fut composé au quinzième siècle par Thang-Tong Gyèlpo, un mahasiddha de la lignée Changpa-kagyu.
Les pratiquants le connaissent bien car il est aussi l'auteur du texte de la méditation de Tchenrézi que nous utilisons tous les soirs.
Ce texte est un chant, un chant spontané de réalisation, ce qu'on appelle dans la littérature bouddhique un doha. Il traite de l'immortalité sans illusion (Tchi mé tchou mé), c'est un
enseignement particulier de cette lignée Changpa-kagyu. Celle-ci présente un ensemble d'enseignements dont la complémentarité est illustrée par l'image d'un arbre : l'arbre de la réalisation.
Il a six racines qui sont les six doctrines de Nigouma, six types d'exercices yogiques ; son tronc est la pratique du mahamudra, ses trois branches sont trois types de pratiques pour intégrer
l'expérience du mahamudra ou de la non-dualité dans le quotidien.
Il a deux fleurs, deux types de dakini, blanche et rouge, deux formes spéciales de méditation, et un fruit, la réalisation de l'immortalité sans illusion dans les Trois corps du bouddha.
Cette triade immaculée que nous avons évoquée précédemment, l'unification du sujet, de l'objet et de l'acte, correspond au niveau pur aux Trois corps du bouddha, qui sont comme les trois facettes
de la non-dualité.
Voici donc ce chant-Vajra dit « De l'immortalité spontanément libre », de Thang Tong Gyelpo.
Le doha « De l’immensité spontanément libre », chant du Mahamudra
La mort est une apparence car le corps et l’esprit sont spontanément libres et immortels
Avec le corps, la parole et l'esprit,
J'adresse ma prière au vénérable Lama Bouddha.
La mort est une apparence, un concept,
Elle n'a pas d'existence en elle-même
En l'ultime état naturel de l'esprit.
Le corps et l'esprit sur lesquels la mort est conceptualisée
Sont spontanément libres et immortels,
C'est le Mahamudra.
Le corps (seul) est un cadavre inanimé qui ne saurait mourir.
La mort de l’esprit est comme la mort d’un rêve, le Pur-esprit est le corps de la divinité…
Quant aux habitudes mentales (qui le constituent comme individu),
Leur mort est comme la mort d'un rêve.
Le Pur-esprit irradiant en lui-même est le corps de la divinité,
Une luminosité vide, l'absence de toute fixation,
Tout comme l'expérience de la lune dans l'eau.
… dont l’essence est vacuité en laquelle toute apparence est le jeu d’une lucidité …
Son mode d'être essentiel est vacuité,
Liberté vis-à-vis de toutes les catégories du mental ;
Il n'y est ni maladie, ni mort, ni samsara, ni nirvana.
Ceux-ci ne sont que les manifestations illusoires
De notre esprit individuel.
(Sache que) les apparences qu'il manifeste sont (fondamentalement)
Celles d'une lucidité qui n'a pas de fin.
… infinie, incréée, immortelle : l’intelligence fondamentale, la merveille des merveilles !
Infinie et incréée, elle se confond avec l'immensité de la vacuité.
Sans origine, sans fin et sans localisation spatiale,
Elle est immortelle,
C'est l'intelligence fondamentale (Yéché).
La merveille des merveilles !
Méditer en l’état naturel et l’intégrer jusqu’à la réalisation des trois Corps du Bouddha
Demeure en l'état en lequel il n'est de fixation sur aucune expérience.
Médite en l'intégrant à toute activité.
Pour celui qui s'y sera entraîné longuement,
La mort se dissoudra dans le Corps absolu du Bouddha.
Il réalisera dans l'état de bardo son Corps d'expérience éveillée,
Et par son Corps d'émanation, il guidera les êtres.
Que ceux qui ont la bonne fortune de pouvoir le faire pratiquent ainsi !
A suivre...