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Le Dharma envisage trois niveaux de la compassion-amour que nous allons exposer succinctement :
– Le premier est relationnel, relatif, et donc dualiste. C'est la compassion qui se réfère aux êtres (tibétain : sems can la dmigs pa'i snying rje).
Ce premier type de compassion nous fait percevoir la peine, la souffrance, la réalité de l'autre et développer l'aspiration à soulager cette souffrance. Il nous apprend, comme nous l'avons vu,
à considérer l'autre comme plus important que nous et à ne plus structurer le monde au gré de nos désirs ou de nos répulsions. Cet état d'esprit intègre tous les êtres, humains et non
humains.
Cette compassion qui se réfère aux êtres est une attitude impartiale où l'on chérit autrui autant et plus que soi-même, sans rejeter aucun être quel qu'il soit et quoi qu'il ait pu nous faire.
C'est toujours un amour duel, d'individu à individu ou de personne à personne, mais en lequel existe entre les deux termes de la dualité une relation juste, la justesse de cette relation
résidant dans le fait qu'elle n'est plus égocentrée mais allocentrée. Il y a un renversement des priorités de l'ego.
– Le deuxième niveau est encore une compassion dualiste bien qu'il participe déjà d'une expérience de la réalité profonde des choses. Il est intermédiaire entre la "compassion en référence aux
êtres" et la "compassion sans référence" d'un bouddha.
Ce second niveau de compassion s'appelle « la compassion en référence à la réalité » (chos la dmigs pa'i snying rje). Cette compassion s'éveille dans la réalisation du jeu de l'illusion qui
enserre les êtres dans les tourments de leurs projections, les privant de la félicité de leur bouddhéité fondamentale. Elle réside dans la perception de la transparence de la relation dualiste
et naît lorsqu'est perçu combien les êtres souffrent de leurs propres illusions, empêtrés dans les mailles du filet qu'ils tissent eux-mêmes.
Dans cette perception du jeu de l'illusion, naissent une compassion et un amour encore plus profonds et intenses que le précédent.
– Le troisième niveau est celui de la « compassion sans référence » (dmigs pa med pa'i thougs rje).
Cette compassion-amour ultime est la compassion éveillée d'un bouddha, sans motif, sans référence, libre d'intention et de conception, spontanée et intemporelle.
En elle, il n'est plus de distinction entre l'aimé, l'amant et l'amour.
Elle est non dualiste. C'est la parfaite conjonction de la compassion et de la connaissance transcendante.
Pratiquement, on aborde d'abord la compassion relationnelle puis, l'expérience intérieure naissant progressivement, se fait la transition à la non relationnelle, d'abord par l'expérience
profonde de la nature de cette relation et de son caractère illusoire puis, par le passage au-delà même de toute expérience dualiste. Il y a ainsi une progression du premier au troisième niveau
de compassion.
L'aspect ultime de la compassion ne peut naître dans l'esprit du débutant. Il lui faut d'abord méditer longuement sur la compassion relationnelle. Ensuite, celle-ci acquerra progressivement une
dimension universelle et, finalement, dépassera les références dualistes.