La complémentarité de la compassion et de la sagesse
« La conjonction de l’amour et de la vacuité est la voie suprême sans déviation »
Bien que la nature des êtres soit à jamais bouddha,
Ne la reconnaissant pas, ils errent dans le samsara.
Envers ces êtres qui y éprouvent d'immenses souffrances,
Puisse naître en moi une irrésistible compassion !
Sans que cesse la manifestation de cette compassion irrésistible,
Dans l'instant de miséricorde apparaît nûment la vacuité essentielle.
Cette conjonction est la voie suprême sans déviation ;
Sans la quitter, puissé-je jour et nuit toujours méditer!
Souhaits de Mahamudra, 22, 23.
Au début de la voie, la perception des souffrances samsariques entraîne une irrésistible compassion à l'égard de tous les êtres. Puis, l'expérience-connaissance de plus en plus directe de la
nature même des illusions génératrices de ces souffrances amplifie cette compassion jusqu'à estomper toute distance entre l'aimant et l'aimé. Elle révèle finalement l'identité fondamentale du
sujet, de l'objet, et de l'acte dans la réalisation de la connaissance transcendante qui est aussi l'ultime compassion.
Dans cette expérience de compassion, apparaît le sens de la vacuité essentielle, l'indissociabilité de l'amant, de l'aimé, et de l'amour. Les expériences de la compassion-amour et de la
connaissance non dualiste sont simultanées.
Cette conjonction de l'amour et de la vacuité est la voie suprême, la voie sans déviation. L'amour y fait dépasser les fixations égocentriques et ouvre à l'expérience directe de la connaissance
immédiate qui, à son tour, dans la communion du sujet aimant et de l'objet aimé, devient un amour par participation.
L'union, voie suprême
Sagesse et compassion : les deux principes masculin et féminin du cheminement spirituel
Le Mahayana insiste constamment sur l'importance de l'union des deux pôles que sont la compassion et la sagesse. Il les définit même comme les deux principes masculin et féminin du
cheminement spirituel. L'amour est le principe masculin, dynamique, mobilisateur, alors que la connaissance transcendante est féminine car réceptive, englobante, et pénétrant toute
expérience.
Le Mahayana considère qu'une approche spirituelle qui omettrait un des deux pôles conduirait au déséquilibre et aux déviations. Une voie sèche, centrée exclusivement sur la connaissance
exposerait à l'illusion de la recherche d'une délivrance individuelle, pour soi, et une voie humide qui ne serait que d'amour ne dépassant pas les perspectives dualistes ne pourrait conduire à
l'éveil véritable et risquerait d'entraîner des versions corrompues par l'égocentrisme.
Deux images de cette union : les deux ailes de l’oiseau, et l’œil et les jambes du voyageur
Nous pouvons évoquer ici l'image traditionnelle de l'oiseau de l'esprit qui a besoin de ses deux ailes : l'aile droite de l'amour et l'aile gauche de la connaissance pour s'envoler au firmament
de la Claire lumière du pur-esprit. Ou encore celle du voyageur qui doit associer aux "jambes" de la compassion-amour "l'œil" de la connaissance-sagesse pour cheminer vers l'éveil.
Les pratiques unilatérales sont diaboliques et nous coupent du véritable éveil
Les pratiques unilatérales, nous dit Gampopa, sont diaboliques et nous privent du véritable éveil. Citant une parole du Bouddha, il précise :
"Les actes diaboliques sont deux : ceux des moyens d'amour dissociés de la connaissance et ceux de la connaissance sans amour. Connais-les comme les activités du démon et abandonne les".
Un va-et-vient continuel entre compassion et connaissance tisse la réalisation spirituelle
Ainsi compassion et sagesse se complètent. La compassion véritable, non égoïste, conduit à la sagesse de la connaissance, et la connaissance qui transcende les perspectives dualistes de l'ego
conduit à l'amour non égocentré.
Il y a ainsi pratiquement un va-et-vient continuel entre la compassion et la connaissance. La compassion est ouverture, don et dépassement de soi. Cette ouverture et cet abandon nous éveillent
à la connaissance profonde et directe qui, à son tour, s'exprime et rayonne dans l'amour éveillé.
C'est dans leur indivisible union que se trouve la voie suprême sans errance et la réalisation spirituelle du Mahayana.
A suivre...