Le rappel
Le rappel est pratique du retour constant à l’expérience de présence attentive et dégagée
Les deux qualités de la méditation assise, attention et conscience dégagée, sont transposables au niveau de l'action. L'attention est la qualité de présence à la situation, et la conscience
dégagée, l'absence de fixation sur celle-ci. Nous sommes alors pleinement présent au cœur de l'action, dans une attitude ouverte et dégagée.
Cette expérience de présence attentive et dégagée qui a été découverte et stabilisée dans la méditation assise, est maintenant intégrée dans les situations de la vie active, par « le rappel ». Le
rappel est la pratique régulière et constante du retour à cette expérience. Il se peut que, « pris » par le déroulement de l'action, nous perdions l'état de présence dégagée. Le rappel nous y
ramène régulièrement.
Le rappel se développe en pointillés devenant de plus en plus fréquents et rapprochés
C'est un moment d'ouverture, de lâcher prise, qui nous immerge pleinement dans la dynamique de la situation et nous permet de nous harmoniser avec elle. Puis, nous continuons, composant avec
l’énergie qui lui est propre, jusqu'à ce qu'un autre rappel, un nouvel instant de lucidité et d'ouverture, nous ramène à la présence dégagée et à son expérience immédiate, et ainsi de suite. La
pratique se développe en pointillés, d'un rappel à un autre. Sa continuité s'établit progressivement par la succession des rappels qui, rares au début, deviennent de plus en plus fréquents et
rapprochés.
Présence authentique et non-dualité
L’absence négative – le contraire de l’attention – est pure distraction, l’obstacle majeur
Nous avons déjà évoqué comment une présence authentique se révèle dans un certain état d'absence. Cette qualité de présence est celle de la méditation dans l'action.
Quand nous agissons, nous sommes souvent dans une absence négative : au lieu d'être présent dans la situation, notre esprit est ailleurs. Par exemple, nous épluchons une pomme de terre, mais au
lieu de l'éplucher pleinement, en étant présent dans l'épluchage, nous sommes en train de faire nos comptes, ou de fantasmer. En ce sens, nous sommes absent à la situation présente. Cette absence
négative est le contraire de l'attention, elle est pure distraction, l'obstacle majeur à la pratique de la méditation.
La présence à soi – auto-observation – est présence de l’ego, non la présence authentique…
La présence authentique n'est ni cette absence négative ni une présence à nous-même qui serait conscience de nous-même dans la situation. Il ne s'agit pas d'être l'observateur qui s'observe
en train d'agir, en évaluant et jugeant la situation. Une telle attitude d'auto observation rend très maladroit. Cette sorte de présence à soi est la présence dans son sens négatif : c'est la
présence de l'ego. La présence véritable n'est pas la présence de l'observateur. C'est une présence pleine et totale dans laquelle il n'y a plus personne pour posséder et observer l'expérience.
Cette plénitude est aussi une relation directe qui ne nécessite pas de manipulation conceptuelle.
… Présence d’absence de nous-même, expérience directe, perfection de l’action spontanée
Dans cette présence authentique, plutôt que de développer une conscience aiguë de son identité et de sa place, l'observateur s'absente, il est abstrait et transparent. La véritable présence
est l'absence de nous-même. Dans cette absence se révèle la présence immédiate, l'expérience directe de la situation. Dans cette immédiateté se trouve la perfection de l'action spontanée. Telle
est l'approche de la non-dualité.
A suivre...