Introduction
Bodhisattva se dit, en tibétain "Djang tchoub sèm pa", ce qui, littéralement, veut dire : celui qui a le courage de cheminer vers l'éveil, sans hésitation. Vivre en bodhisattva implique un
état d'esprit qui détermine un mode de vie et d'action.
Il est important de voir, avant de parler véritablement de l'état d'esprit ou de la motivation d'un bodhisattva, qu'il y a, dans notre approche du Dharma, toutes sortes de motivations ; celle de
bodhisattva, qui est le fondement des pratiques du Mahayana, étant généralement l'aboutissement d'un mûrissement qui commence avec l'attitude Hinayana.
Approcher la motivation du Mahayana se fait en plusieurs étapes connues comme les trois types de motivation ou les motivations des trois types d'êtres.
Approche de la motivation de bodhisattva
Nous avons souffert et nous aspirons à un état plus satisfaisant
Au départ, notre engagement dans le Dharma vient, sous une forme ou sous une autre, d'une expérience du mal-être ou de la souffrance : nous avons été déçus par des recherches faites dans
différentes directions, qui ne nous ont pas apporté ce que nous cherchions. Peut-être avons nous été abandonnés, privés de ce que nous désirions, Peut-être avons nous eu peur, ou avons nous été
confrontés à l'indésirable. Pour une raison ou pour une autre, nous avons souffert et nous aspirons à un état plus satisfaisant. Nous souhaitons un mieux être, le bonheur.
Une motivation égotique limitée par la recherche d'un intérêt personnel
C'est parce que nous percevons, dans la pratique du Dharma, la possibilité d'une évolution vers ce mieux être, que nous nous y engageons. Cette motivation est tout à fait normale et à ce
titre, on peut dire que c'est une bonne motivation. Mais, comme nous allons le voir, même si cette motivation est initialement bonne, elle est limitée, et en ce sens, n'est pas la meilleure.
En effet, elle consiste à essayer d'obtenir ce que l'on n'a pas eu, ce dont on a été privé, c'est une tentative pour combler un manque. Il y a dans cette recherche du bonheur, du mieux être, une
attitude égotique limitée par la recherche d'un intérêt personnel.
Le monde des dieux de la tradition
La tradition décrit ce genre d'aspiration comme le désir du monde des dieux : on aspire à un monde divin dans lequel tout irait bien, dans lequel on serait riche, heureux, jeune et en bonne
santé !...
Certes, le cheminement spirituel amène à un bonheur et à une liberté authentique, mais ceux-ci se situent au-delà de ce monde féerique, où l'on posséderait richesse, bien-être et tout ce que l'on
peut désirer au niveau ordinaire.
L’aspiration à l'éveil où subsiste encore une aspiration subtile d’auto perfectionnement égotique.
La motivation évolue ensuite et, à un deuxième degré, elle devient l'aspiration à l'éveil, c'est-à-dire à la réalisation spirituelle, au-delà des ambitions divines. C'est en entrevoyant la
possibilité de la liberté fondamentale, d'une réalisation au-delà des illusions, de la confusion, de la possessivité et de toute existence personnelle, que vient une inspiration beaucoup plus
profonde que la précédente : aller jusqu'au but ultime, par delà la recherche d'un bonheur individuel, fondé sur des qualités de bien-être et de bonheur ordinaire. Cette motivation, pour
excellente qu'elle soit, est encore entachée d'une certaine imperfection, dans la mesure où, même si l'on aspire au but ultime, une sorte d'ambition personnelle demeure. Dans cette aspiration à
l'éveil subsiste encore le danger d'une attitude subtile d'auto-perfectionnement fondée sur l'ego.
L’aspiration à l'éveil sans souci de perfectionnement personnel ou de réalisation
La motivation supérieure, la plus profonde, est celle d'un bodhisattva ; c'est cette même aspiration à l'éveil, mais sans souci de perfectionnement personnel, ou de réalisation individuelle,
elle se consacre dès l'origine aux autres. Son but est l'éveil, mais elle doit être dénuée de tout intérêt personnel pour être le moyen d'aider, d'apporter réconfort et bonheur, et finalement
libération à tous les êtres. Cette motivation de bodhisattva est, selon la formule traditionnelle, "un cheminement vers l'éveil pour le bien de tous les êtres".
Cultiver la motivation d'un bodhisattva
Au départ, notre motivation est mitigée et présente plus ou moins ces différents aspects. La progression qui s'opère d'une motivation à l'autre se développe avec le mûrissement de notre état
d'esprit dans la pratique. La motivation d'un bodhisattva naît difficilement dans notre esprit au départ, mais elle peut s'éveiller petit à petit. Elle se révèle dans la mesure où nous en
comprenons la possibilité et où nous la cultivons.
A suivre...