Bodhicitta relatif
Une attitude d'accueil
L'ouverture et le don du bodhisattva commencent au niveau relatif par une attitude d'accueil. Le bodhisattva ne considère pas les autres, comme intrus ou ennemis. Au contraire, il adopte
vis-à-vis de tout et de tous une attitude accueillante, cordiale et amicale, faite de gentillesse, de douceur, de non-agressivité. On exprime souvent cette attitude en disant que, dans l'esprit
d'un bodhisattva, tout être est un invité bienvenu. C'est ce que nous exprimons en prenant le vœu de bodhisattva ; ce qui est très différent de l'attitude dans laquelle les autres sont perçus
comme des trouble-fête, des gens qui viennent nous ennuyer et rompre notre tranquillité.
Une acceptation véritable des situations et des êtres
Par rapport aux situations, cette attitude d'accueil est le contraire du rejet, du refus, de l'exclusion, de l'attitude qui dit : "non, je ne veux pas, non". L'attitude du bodhisattva
commence par une acceptation véritable des situations et des êtres. Plutôt que d'être sur la défensive et de se protéger, il s'agit de les accueillir tels qu'ils sont : méritant notre intérêt,
notre attention ; et pour eux, nous sommes disposés à faire tous les efforts et les dons nécessaires.
Chaque fois que nous sommes confrontés à l'altérité, à l'autre, nous pourrions prendre cette maxime :
"L'autre est un hôte".
L'échange de moi pour l'autre
Nous considérons la situation selon le point de vue de l'autre
Cette ouverture, ce don et cet accueil, qui sont les fondements de la compassion et de l'amour authentiques, se développent dans l'échange de moi pour l'autre, cet échange consiste à se
mettre à la place de l'autre, aux différents sens de cette expression ; ce qui est très pertinent dans les situations relationnelles concrètes.
Plutôt que de percevoir la situation de notre seul point de vue, avec nos raisons et nos justifications, en nous comportant agressivement, imbus de notre bon droit, nous faisons le détour qui
consiste à nous mettre à la place de l'autre, nous considérons la situation non plus de notre point de vue personnel, mais de celui de l'autre.
Le point de départ d'une attitude de compassion
Cette démarche est le début de la sortie de nos à-priori. Elle nous permet de commencer à dépasser nos comportements agressifs : comprendre l'autre, sa motivation, son attitude et sa
perspective, nous donne une compréhension plus large et plus intelligente de la situation. C'est l'introduction à un partage, le point de départ d'une attitude de compassion, le cheminement vers
une rencontre, une communication véritable.
Mettre le moi à la place de l'autre et l'autre à la place de moi
A un niveau beaucoup plus radical, se mettre à la place de l'autre signifie mettre le moi à la place de l'autre et l'autre à la place de moi, c'est-à-dire inverser l'attitude égocentrée
habituelle. L'égocentrisme consiste à être "moi" au milieu, centre d'intérêt vers lequel convergent toutes préoccupations, celui que l'on protège, essaye de gratifier ; tandis qu'à la périphérie,
existe l'autre dont on essaye de tirer gratification, ou dont on se protège. Cette attitude égocentrée formule : "le bon, le désirable ici pour moi ; le mauvais, l'indésirable, ailleurs, aux
autres".
Une disposition intérieure altruiste et compatissante
Si se mettre à la place de l'autre, au premier sens, permet de percevoir la situation de façon plus large et réaliste, se mettre à la place de l'autre au deuxième sens permet d'y répondre
d'une façon non égotique, altruiste et compatissante. Cette disposition intérieure est celle de la pratique de tonglèn, qui est précisément l'apprentissage de cet échange.
A suivre...