Lama Denis Teundroup
Ce texte a été composé à partir d'extraits d'enseignement donné lors de la S.I.M.E. (Session Intensive de Méditation et d'Etude) "Vivre en bodhisattva", à Karma-Ling, en septembre 1988. Les
exercices pratiques de méditation, bien que guidés oralement lors de la S.I.M.E., ne sont pas transcrits : ils ne se font qu'en relation directe avec un guide qualifié, et leur simple lecture
serait inutile.
La pratique de tonglèn (suite)
Accepter de donner à l'autre ce que l'on a de bon.
Le second mouvement de la pratique de tonglèn est : donner. D'habitude, notre aptitude à donner est fort limitée. Nous avons, comme nous l'avons dit, une mentalité de pauvreté : nous n'avons
pas tout ce que nous voudrions, et, avons l'impression d'avoir tellement peu que nous nous sentons déjà misérables, dépourvus. Si nous donnions le peu que nous avons, il ne nous resterait plus
rien!
Le don est un rayonnement universel
Donner signifie ici abandonner, accepter d'abandonner à l'autre ce que l'on a de bon, ce que l'on chérit. C'est l'apprentissage d'un don, ou d'un abandon sans réserve. On y découvre que plus
l'on accepte de donner, et dépasse sa mentalité de pauvreté, plus l'on se découvre de richesses et de possibilités de dons. Ce don est un rayonnement qui n'est pas limité à une ou quelques
personnes, il est universel, englobant tous les êtres. C'est un don sans réserve, total.
Ouvrir nos frontières
Ainsi la pratique de tonglèn est-elle fondée sur ce double mouvement : d'acceptation et de don. Dans les deux cas, il y a une attitude de lâcher prise : lâcher prise par rapport au refus,
soit celui de recevoir, soit celui de donner. Le dépassement de ce refus demande une attitude de confiance et d'intrépidité. Il s'agit d'ouvrir nos frontières.
La pratique de tonglèn nous demande ainsi de lâcher prise par rapport à nos fixations, et même, finalement, de nous libérer des références d'autre et de moi. Le lâcher-prise nous fait
progressivement découvrir l'expérience d'une transparence dans notre relation à l'autre. Mais, initialement et pendant longtemps, c'est notre aptitude à renverser l'attitude égotique qui est
primordiale, c'est-à-dire l'apprentissage de l'acceptation de l'inacceptable et du don du désiré.
Toucher en nous un point sensible
La pratique de tonglèn a de nombreux volets: nous apprenons d'abord à la faire assis, en nous référant à une situation qui nous émeut, impliquant une personne chère afin de toucher en nous
un point sensible. Lorsque l'on a fait l'expérience de la compassion dans cette situation privilégiée, il est plus facile de l'étendre à d'autres situations, et de proche en proche à tous les
êtres. Cette pratique se fait en liaison avec le rythme respiratoire.
Une pratique en liaison avec le rythme respiratoire
L'inspiration est un mouvement par lequel nous absorbons l'air extérieur. Dans cette incorporation, nous accueillons également l'air et ce qu'habituellement nous n'accepterions pas. A
l'expiration, notre souffle se diffuse dans l'atmosphère et, en même temps, nos dons rayonnent, nous abandonnons à l'autre ce qu'habituellement nous ne donnerions pas. On utilise le caractère
répétitif de cette alternance du souffle comme support pour accepter et donner, encore et encore. Il est important que cette attitude devienne aussi naturelle que le fait même de respirer, alors
la pratique de tonglèn est vraiment assimilée.
A suivre...