Samedi 10 janvier 2009
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Introduction à Mahamudra
Lama Denis Teundroup
Transcription de l’exposé introductif à un enseignement donné au Dharmadatu de Paris le week-end des 23 et 24 septembre 1988.
La découverte expérientielle de la réalité fondamentale
La connaissance sans cet ego, sans observateur ni observé est possible. Le point ici est que l'intelligence, la connaissance fondamentale, n'appartient pas à l'ego, qui est un processus se
greffant sur la connaissance primordiale. Il se l'approprie et la déforme, c'est l'illusion. L'ego fait que l'on expérimente ce que l'on connaît comme quelque chose "d'autre" en relation avec un
point de référence central que l'on appelle "moi". L'expérience de mahamudra de la vacuité nous montre que ce point de référence et cette altérité ne sont pas nécessaires. Non seulement ne
sont-ils pas indispensables, mais ils s'avèrent même être franchement inutiles. Non seulement inutile, mais problématique, et même finalement source de tous les problèmes.
L’esprit ordinaire d’avant la dualité
Donc, l'intelligence fondamentale n'appartient pas à l'ego. Elle est dans l'instant premier, avant sa naissance, c'est-à-dire avant la dualité. Dualité signifie ici le mode de connaissance
en termes de sujet et d'objet. Cette expérience première est, nous avons dit, très simple : c'est l'ultime expérience de la simplicité, l'absence complète de toute complication ; les
complications étant ici toutes les fabrications du mental. C'est la mentalisation, ses représentations et concepts : la conceptualisation qui nous fait entrer dans tout un processus de jugement,
d'évaluation, de prise de position, et finalement de lutte et de conflit. La simplicité comme absence de complications est non-mental, l'expérience immédiate sans l'appréhension du mental. Cette
expérience est celle de notre esprit dans son état foncier, le plus "ordinaire" qui soit. Aussi l'appelle-t-on "l'esprit ordinaire" (tibétain : thamèl gui chépa, écrit : tha mal gi shes pa), ce
qui bien sur ne veut pas dire l'état habituel de l'esprit, mais son état "ordinaire" avant qu'il n'ait été modifié par le mental, ses saisies et ses appréhensions. Mahamudra est
l'expérience de cette simplicité fondamentale, avant toutes les fabrications du mental. C'est l'esprit "ordinaire", l'état d'immédiateté, d'expérience du présent instantané, qu'on appelle encore
l'esprit d'instantanéité (tibétain : datar gui chépa, écrit : da ltar gyi shes pa).
La connaissance de la vacuité avant l'ego
Mahamudra se dit en tibétain Tchaguia tchèn po. Tchaguia signifie symbole, geste ou sceau. Le sceau dont il s'agit est celui de la nature de bouddha qui marque tout phénomène. Le symbole
dont il s'agit ne représente pas pour quelque chose d'autre, mais se présente en lui-même avant d'inspirer les représentations symboliques qui le font connaître dans le mental. Le geste dont il
s'agit est l'état ultime de l'esprit, l'expérience immédiate de la vacuité (tibétain : tong pai yéché, écrit : stong pa'i ye shes). Tchènpo signifie grand, qui s'interprète comme de ne jamais
quitter cette expérience d'immédiateté de la vacuité (tibétain écrit : De las 'da' ba med pa). Mahamudra est donc l'expérience immédiate en laquelle on ne quitte jamais la connaissance première
(tibétain : yéché, écrit : ye shes) de la vacuité. C'est la connaissance de la vacuité avant l'ego et ses expériences dualistes.
A suivre...