Vendredi 16 janvier 2009
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Introduction à Mahamudra
Lama Denis Teundroup
Transcription de l’exposé introductif à un enseignement donné au Dharmadatu de Paris le week-end des 23 et 24 septembre 1988.
Questions/Réponses
- Vous avez dit que mahamudra était en même temps l'expérience de la réalité et de la vacuité. Cela veut-il dire que la réalité c'est la vacuité ?
Dans une première approximation, réalité et vacuité sont synonymes. La vacuité est vide d'illusions et il est clair que l'absence d'illusion permet l'expérience de la réalité. Cette
absence d'illusion est l'absence de perception dualiste, en termes de sujet et d'objet, d'observateur, d'observé et de relation conflictuelle entre les deux. De ce point de vue,
l'expérience de la vacuité, de la réalité, ou l'immédiateté sont en fait synonymes. L'immédiateté est un état immédiat, de non-relation, d'absence de médium, qui est en même temps immédiat
au sens d'instantané. L'expérience de la vacuité est donc absence d'illusion, c'est-à-dire des perceptions dualistes qui reposent sur le mental. On peut l'appeler réalité si tant est qu'on puisse
alors encore lui donner un nom !
- Mais, la réalité n'est pas vide !
Non, elle est pleine ! (rires). La vacuité est vide d'illusion. Dans le vide d'illusion, elle est pleine de réel.
- Je ne comprends pas très bien comment les concepts qui sont des illusions sont aussi les moyens de la transmission.
Dire que les concepts sont illusoires peut prêter à confusion. En fait, nos expériences habituelles, conceptuelles, sont réelles pour nous. Mais leur réalité n'a qu'une valeur
conventionnelle qui est par là même fondamentalement relative. Les concepts ont une réalité indispensable pour communiquer, fonctionner de façon normale. Lorsque vous allez chez votre épicier,
vous demandez un kilo de pommes de terre, du pâté, du jambon, vous avez besoin de ces concepts et de ces noms. Ils constituent une vérité conventionnelle. Mais ces représentations mentales, n'ont
qu'une valeur relative. Au-delà des noms et des formes, est une expérience silencieuse, sans mental ni concept, sans pensée discursive, sans questionneur ni répondeur, une expérience nue que l'on
peut désigner par vacuité. C'est la vérité ultime.
L'enseignement tel qu'il est transmis au travers des paroles, de tout le véhicule langagier, se situe à ce niveau relatif. Mais si nous n'avions pas cette vérité conventionnelle, il n'y aurait
pas de transmission de communication, en tous cas ordinaire. Elle est donc indispensable. L'approche du dharma n'est jamais dogmatique : les formulations de l'enseignement ne sont pas données
comme vérité à prendre comme telle, comme objet de croyance, elles constituent des indications qui proposent une pratique s'ouvrant sur une expérience. Elles sont un support, un tremplin pour
cette expérience qui est finalement au-delà des mots. Pour prendre une image traditionnelle, l'enseignement tel qu'il est transmis dans son discours ou ses écrits est le doigt qui montre la lune.
Il n'y a que les sots pour prendre le doigt qui montre pour la lune.
A suivre...