Mercredi 14 janvier 2009
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Introduction à Mahamudra
Lama Denis Teundroup
Transcription de l’exposé introductif à un enseignement donné au Dharmadatu de Paris le week-end des 23 et 24 septembre 1988.
La pratique
Trois principes
1 - L’absence d’artifices
Ma-tcheu est un mot tibétain qui, en français, signifie : absence d'artifice, de contrainte, et finalement de fabrication mentale. Pour trouver l'état de simplicité, ce n'est pas compliqué, il
suffit d'arrêter de fabriquer des complications artificielles ! La logique, au moins est claire. Ma tcheu est l'approche de l'état naturel de l'esprit dans l'abandon de tous les artifices qu'il
fabrique habituellement, et il en fabrique des choses ! (rires). Il ne s'agit pas de produire, de fabriquer un nouvel état, mais au contraire d'arrêter de fabriquer des artifices, et en leur
absence, de découvrir l'état fondamental de l'esprit, qui n'est autre que la nature de bouddha.
Non-artifice, non-fabrication signifie en fait non-agissement de l'ego et non-agir du mental.
2 - l’absence de méditation
Le deuxième principe de la pratique se dit en tibétain mi gom, ce qui signifie littéralement non-méditation, pas de méditation ; la méditation de mahamudra est paradoxalement une non-méditation,
et même une non-pratique. Ce n'est certes pas un encouragement à la paresse, ou à l'absence de pratique, mais la pratique essentielle consiste à laisser l'ego ne rien faire de particulier ; c'est
l'apprentissage du non-agir du mental, qui est l'absence de tout méditation intentionnelle, de toute tentative. Mi gom est le développement et l'amplification de ma tcheu.
La pratique de mahamudra nous apprend à arrêter de réagir et d'interférer avec pensées, émotions, et tous les processus habituels du mental. Cette notion est quelque peu familière à ceux qui ont
déjà fait l'expérience de la méditation. Elle est présente, à un niveau élémentaire, en la pratique de shamatha-vipasyana, dans l'apprentissage d'une relation simple aux pensées. On y apprend à
ne pas lutter avec celles-ci : la relation est réduite au minimum. Les pensées sont simplement des pensées, sans suite... Dans tous les cas, la pratique se développe dans le sens de la
simplification, d'une expérience de plus en plus directe avec ce qui se passe dans notre esprit dans chaque situation.
3 – L’absence de distraction
Le troisième point de la pratique est ma yèng, l'absence de distraction. La pratique essentielle consistant "tout simplement" à faire l'expérience de ma tcheu et de mi gom sans se distraire de
cet état, sans quitter cette expérience de non-fabrication et de non-méditation. Non-distraction ne signifie pas du tout rester fixé sur une telle expérience : c'est au contraire un état de
non-fixation, il n'y est rien sur lequel quelqu'un se fixe. Ma yèng est la continuité de l'expérience de non-fixation, non-mental et non-concept. Lorsqu'elle devient stable, cette
méditation de mahamudra ne demande ni un cadre particulier, ni un environnement spécial, elle est applicable où que l'on soit : il s'agit de la relation la plus immédiate qui soit à la réalité de
l'instant présent. La pratique est d'abord de reconnaître cet état, puis de travailler avec les défenses et obstacles qui nous empêchent d'y rester. Petit à petit, ils s'usent. C'est toute
l'approche. L'approche de mahamudra commence avec les préliminaires que nous avons évoqués, ils préparent le terrain ; puis, avec l'aide d'un guide qualifié, on reconnaît l'expérience dont il
s'agit, de telle sorte qu'il n'y ait plus l'ombre d'un doute ou d'une hésitation. La pratique est ensuite la stabilisation de cette expérience d'immédiateté, non duelle : l'esprit d'instantanéité
ou l'esprit "ordinaire". C'est le chemin ; lorsque cette expérience est devenue complètement stable et définitive, le chemin est devenu le fruit ; l'esprit d'un bouddha, l'éveil. Nous
pouvons nous arrêter là et poursuivre par vos questions.
A suivre...