Lundi 26 janvier 2009
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De l’interdépendance
Lama Denis Teundroup
(Ce texte a été préparé d'après une conférence donnée à l'Université de Genève, en mars 1990.)
Il n'y a pas de phénomène qui ne soit interdépendant
Aussi, il n'y a pas de phénomène qui ne soit vide.
Nagarjuna (Prajnamula, XXIV, 19)
De fausses solutions à de faux problèmes
Dans la remise en question du domaine de validité de la pensée conceptuelle, tout un registre de problèmes tels que la nature de l'existence, des existants, de leur origine première et de
leur fin dernière, que ce soit à un niveau ontologique ou physique, se pose différemment. En effet, si ces problèmes peuvent avoir, à un niveau conceptuel, certaines solutions rationnelles,
celles-ci sont toujours imparfaites car y sont latentes les contradictions inhérentes aux catégories fondamentales de la pensée conceptuelle.
Aussi, le Bouddha déclara ces questions des faux problèmes dont la prise en compte persistante ne fait que détourner de la vraie solution : la libération.
Vers une solution des problèmes
La philosophie et la métaphysique du dharma proposèrent néanmoins des solutions au niveau relatif, tout en gardant en vue que ces solutions relatives sont en définitive toutes aussi fausses
que les problèmes qu'elles sont censées résoudre.
La véritable solution est la solution-dissolution : du problème et du questionneur dans une expérience supra-conceptuelle et supra-rationnelle dans laquelle le mode opératoire de la raison
raisonnante est dépassé.
Cette expérience par la solution du non-ego est le "lieu" de la résolution véritable de tous les problèmes, métaphysiques et autres.
De la pensée à la non-pensée
La méthodologie du madhyamaka, telle qu'elle a été développée par Nagarjuna et ses successeurs, utilise les contradictions inhérentes aux présupposés des catégories fondamentales de la
pensée pour les prendre en défaut, montrer ainsi leur incohérence, leur inconsistance et par là même leur limite. Sa démarche utilise les concepts et la logique habituelle pour mettre en évidence
les limites de leur domaine de validité.
Ainsi apparaît-il que des notions fondamentales telles que celles d'"être" ou de "Dieu" sont dépendantes de la structure cognitive et conceptuelle qui les engendre et ont par là même les limites
de celle-ci.
L'autre se pose face au moi et le moi face à l'autre ; l'au-delà face à l'en-deçà. L'être se détermine par rapport au non-être, et l'existence ou l'inexistence de ceux-ci se structure dans la
pensée du sujet qui en fait l'expérience.
Cette démarche est le tremplin d'une expérience au-delà de la pensée conceptuelle et de ses doublets dualistes tels que l'être et le non-être, l'éternalisme et le nihilisme, l'un et le multiple,
le créé et l'incréé …
La solution est finalement le dépassement de la pensée conceptuelle. Elle est impensable car précisément non-pensée, non-mental ; non-moi et non-autre.
C'est là que la non-pensée du dharma et de la méditation rejoint certains aspects de l'expérience silencieuse de non-connaissance mystique !
Absence de dogmatisme et libération
On rencontre dans le dharma de nombreuses perspectives, certaines à tendance matérialiste, d'autres à tendance spiritualiste. Elles y sont envisagées comme des points de vue différents,
complémentaires, entre lesquels il n'y a pas de contradiction essentielle, car ils débouchent tous sur cette solution qu’est la découverte du non-ego.
En fait, la perspective globale du dharma n’est ni spiritualiste ni matérialiste, elle est plutôt réaliste, au sens où elle propose l'expérience de la réalité au-delà des illusions dans
lesquelles les catégories dualistes naissent et s'opposent.
Elle est aussi d'une certaine façon "phénoménologique", mais avant tout "expérientielle" ou "cognitive" ; c'est un remède à l'ignorance et à ses souffrances.
Dans ce contexte, l'approche du dharma est naturellement non dogmatique. L'enseignement théorique propose des formulations qui donnent une indication, une direction, mais dont la valeur n'est pas
définitive.
Le cœur de l'enseignement est la compréhension expérimentale et non conceptuelle du pouvoir conditionnant des formulations et de la pensée conceptuelle et, par delà ceux-ci, l'accès à la
plénitude de la vacuité.
Ce caractère non dogmatique est à la base de la tolérance du dharma : il ne voit en aucune théorie, discours ou concept une vérité ultime, et l'épée de sa sagesse opère l'ablation libératrice des
illusions de l'ego conceptuel..
La méditation
Les limites de la connaissance relative conceptuelle sont incontournables par la pensée. Il faut changer de méthode : c'est l'approche non conceptuelle de la méditation qui le permet.
La méditation est un outil qui réalise une expérience immédiate en laquelle toutes les fabrications illusoires de l'esprit n'ont plus cours.
A suivre...
Par Yéché Djangsem
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Publié dans : Les revues dharma
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