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Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /2009 06:00

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Aperçus sur le vajrayana

Lama Denis Teundroup

(Transcription de l’exposé introductif à un enseignement donné au Dharmadatu de Paris)


Le yoga de la divinité

Une relation personnelle avec une divinité

Le propre du vajrayana est de développer une relation personnelle avec une divinité. Dans l'économie des énergies spirituelles, cette relation est beaucoup plus dynamique et efficace qu'une relation impersonnelle.

La plénitude de la vacuité

La divinité est l'aspect pur de l'esprit, ce qu'il y a de divin au plus profond de l'esprit de chacun de nous. Elle n'est autre que la nature ultime de l'esprit envisagée dans sa plénitude plutôt que dans son aspect de vacuité. Le vide d'illusions a pour corollaire la plénitude des qualités éveillées ; c'est un « vide plein » ou une « plénitude vide ».

La claire lumière

Dans les tantras, cette plénitude reçoit le nom de claire lumière de l'esprit. L'essence de la divinité est cette claire lumière, la plénitude du pur esprit libéré des voiles et des illusions contingentes, son aspect manifesté par la représentation symbolique étant au départ le seul qui soit accessible à notre esprit conceptuel habituel.

L'anthropomorphisme

Le bouddhisme est une approche non théiste

Cette forme de méditation, appelée le yoga de la divinité, spécifique au vajrayana, doit être bien comprise. Le bouddhisme est une approche non théiste et les divinités ne doivent pas être comprises dans un sens anthropomorphique ou comme ayant une réalité individuelle, une réalité qui en ferait des entités « autres » existant en soi. En essence, la divinité n'est autre que l'esprit même du méditant ; elle en est l'aspect pur. Quand l'ego du méditant n'est plus là, sans « moi, ni autre », apparaît l'union divine ; sa réalisation est libre de toute individualité et de toute dualité. C'est la plénitude : il n'est rien qui soit autre.

Traditions et mentalités théistes

Soyons attentifs à ne pas tomber dans un certain nombre d'écueils et de déviations qui se présentent fréquemment : il est important de bien distinguer la pratique d'une divinité comme la divinité d'une approche théiste au sens commun.
L'approche théiste au sens commun est généralement en rapport étroit avec différentes formes d'anthropomorphisme, on peut en distinguer plusieurs niveaux : grossier, subtil et essentiel. L'anthropomorphisme grossier est celui de Dieu, avec ou sans barbe, dans son paradis au-dessus des nuages… Nous n'en parlerons pas car ce que cette conception a de simpliste et de matérialiste est bien évident.

L'anthropomorphisme subtil

L'anthropomorphisme subtil est plus pernicieux. On n'y attribue plus à Dieu une forme humaine, mais une mentalité humaine, parfaite. Tout en n'étant pas à l'image physique de l'homme, il en a les sentiments. Il agit, prend des initiatives, a des intentions. Il dicte sa loi, il juge, il châtie, il récompense, il aime, apprécie, désapprouve… Il a tous les traits de l'esprit humain, mais dépouillés de leurs imperfections habituelles. Cette attitude fait vivre la démarche spirituelle sous le regard de l'Autre: elle est caractérisée, au niveau fondamental, par une attitude d'esprit très dualiste face au grand dieu, grand créateur, grand juge, grand architecte… ; au niveau de l'enseignement, par une rigidité dogmatique et formaliste dans l'adhésion à une révélation posée comme vérité a priori ; et, au niveau pragmatique, par une morale fondée sur la juridiction, avec le grand législateur, sa loi révélée, le grand juge, son jugement, son châtiment, et une mentalité dominée par la culpabilité. Dans l'approche théiste, nous attendons d'être sauvés, nous attendons que Dieu, que l'Autre transcendant nous sauve. La réalité, la vérité se trouvent dans l'Autre, là-bas, ailleurs, et on espère être sauvé par Lui.

L'anthropomorphisme essentiel

L'anthropomorphisme essentiel est de transposer le mode cognitif humain dualiste, à Dieu, et d'en faire quelqu'un, une personne qui existe. C'est en fait attribuer à Dieu une identité qui le fait être autre. L'anthropomorphisme essentiel est l'expérience dualiste de Dieu. Si l'on pose cette dualité comme irréductible, on absolutise le relatif, le relationnel dualiste et on s'enferre dans celui-ci.

Le matérialisme spirituel

Mais gardons-nous de considérer ces mises en garde comme des critiques adressées à telle ou telle tradition particulière, quelle qu'elle soit. C'est la critique de certaines déviations que l'on peut appeler : « état d'esprit théiste », et que l'on rencontre à des degrés divers dans toutes les traditions. Elles sont en fait la réification de la divinité, une forme de matérialisme spirituel.

Au niveau essentiel, les approches théistes et non théistes peuvent se rejoindre dans une union transcendante, mais celle-ci est toujours au-delà de l'anthropomorphisme et de son matérialisme spirituel.
Dans la perspective non théiste du vajrayana :

– La discipline est fondée sur la causalité des actes : le karma. Des actes sains amènent bonheurs et libération ; des actes malsains, malheurs et conditionnements maladifs. C'est une perspective de type médical.

– L'action divine, l'activité éveillée d'un bouddha est toujours non intentionnelle, non conceptuelle et spontanée.


A suivre...
Par Yéché Djangsem - Publié dans : Les revues dharma
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