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Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /2009 06:00

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Aperçus sur le vajrayana

Lama Denis Teundroup

(Transcription de l’exposé introductif à un enseignement donné au Dharmadatu de Paris)


Divinité et Dieu

La nature de la divinité est vacuité

La divinité du vajrayana n'est jamais Dieu, « le tout autre ». La nature de la divinité est vacuité, et la vacuité n'est pas quelque chose qui existe. En ce sens, la divinité est Dieu si vous acceptez que Dieu n'existe pas ! Ce que n'admettra vraisemblablement pas un théiste. Pourtant, la vacuité n'est pas une inexistence, son absence de dualité est le lieu d'une présence. Cette présence est la claire lumière, la nature de la divinité.

Il est important de faire attention à ne pas glisser dans les déviations de la « mentalité théiste » qui provoquent de gros obstacles sur la voie ; l'imprégnation culturelle occidentale, qu'elle soit religieuse ou laïque, y prédispose. Le risque est d'autant plus grand que des ressemblances superficielles peuvent facilement susciter, « de l'extérieur », des assimilations hâtives et trompeuses. C'est une des raisons pour lesquelles de bonnes bases dans la compréhension du dharma sont importantes pour aborder le vajrayana. Particulièrement, seules des notions et expériences de base de la vacuité permettent d'éviter les écueils anthropomorphiques et permettent la juste approche de la plénitude divine de la vacuité.

La divinité : la nature de bouddha

Nous sommes, dès le début, porteurs de la nature de bouddha, de toutes ses qualités, de sa réalisation. Celle-ci n'est pas une chose qui doit nous être donnée, elle est en nous, au plus profond de nous-mêmes. Elle n'est pas non plus à fabriquer, mais simplement à découvrir, c'est une nature à laquelle il nous faut nous éveiller. Pratiquant une divinité, vous ne vous adressez pas à un autre mais à votre nature éveillée.
 
Cette nature étant extérieure à notre ego, il est juste, de son point de vue, qui est le nôtre au départ, de se la représenter comme distincte de nous-mêmes. Pourtant, cette extériorité est fictive et sera finalement dépassée dans le non-ego sans dualité.

Le relationnel est relatif

L'au-delà n'existe que par rapport à l'en-deçà, et c'est en comprenant l'irréalité de l'ego en-deçà que l'on saisit celle de l'au-delà, fut-il nommé transcendant. En d'autres termes, Dieu n'existe qu'en relation à l'ego qui en est le témoin et qui le pose comme « Autre ». Mais l'ego n'existant pas fondamentalement, Dieu n'existe pas non plus fondamentalement. L'au-delà divin n'existe que par rapport à l'en-deçà égotiste. Du point de vue du dharma, le niveau relationnel est toujours relatif ! L'ultime est l'absolu non dualiste et, par là même, nécessairement non relationnel.

La divinité est non dualiste

Le terme tibétain pour divinité est yidam gui lha (écrit : yid dam gyi lha) ou yidam. Le yidam est toujours envisagé sur deux plans : relatif et absolu. Le terme tibétain pour désigner la divinité absolue est yéchépa (écrit : ye shes pa). Yéché est la connaissance primordiale, le mode de connaissance de l'esprit d'un bouddha : immédiat et non dualiste.

Entendons-nous bien : l'absolu ne dépend de rien d'autre. L'absolu est sans autre. Cette absence d'autre est aussi l'absence de moi, le moi et l'autre étant corrélatifs ; de même, l'absence d'altérité en l'absolu est finalement synonyme de non-dualité. Cette perspective est en accord avec la définition que le madhyamaka chèntong donne de l'ultime : « la perfection absolue sans rien d'autre ». L'autre absent étant les conceptions mentales de la saisie sujet-objet, cette définition pourrait aussi s'énoncer comme « la perfection absolue sans dualité, ou l'absolu non dualiste ». Il n'est, à vrai dire, d'absolu, que non dualiste !

La divinité omniprésente et éternelle

La divinité absolue n'entre pas dans les catégories d'espace et de temps auxquelles nous sommes habitués : elle n'est pas localisée, et participe du domaine de la vacuité (sanscrit : dharmadhatu), sans périphérie ni centre, omniprésente. Elle ne se situe pas dans nos concepts de passé, présent et futur, mais dans l'intemporalité, l'éternel présent ou l'éternité.

La représentation de la divinité, le symbole

La divinité absolue, l'esprit pur, non dualiste, n'est que dans l'expérience de la réalisation immédiate et directe. Cette expérience est indicible, comme le rêve d'un muet ! Le langage conceptuel est inadéquat pour la décrire. La meilleure façon d'en rendre compte au niveau qui nous est sensible au départ est la représentation symbolique.

Cette représentation symbolique de la divinité n'est pas arbitraire : elle est née de l'expérience d'êtres accomplis, elle est investie de leur réalisation et est le réceptacle de leur influence spirituelle.

Dans la forme même du symbole, transparaît quelque chose de ce qu'il représente au-delà des formes. Le symbole comme signifiant participe à la nature même de ce qu'il signifie ; sa pratique transforme notre esprit et fait émerger progressivement en celui-ci ce qu'il représente.

La forme de la divinité s'estompe finalement pour, dans sa transparence, laisser apparaître sa nature au-delà des formes.

La transformation des représentations

Dans cette perspective, la sadhana, la pratique de la divinité opère un processus de transformation, de transmutation alchimique. Dans sa pratique, il ne s'agit pas d'acquérir quelque chose de nouveau mais de transformer l'expérience de ce qui était déjà là. Le plomb de notre nature ordinaire devient l'or de la nature d'un bouddha. La qualité métallique et la densité restent en quelque sorte similaires, pourtant il y a, dans la texture, dans l'organisation, un aspect neuf qui fait toute la différence entre le plomb et l'or, entre l'être commun et l'être éveillé.

La matière première de la transmutation est notre esprit, nous-mêmes. Le propos consiste à transformer ce que nous sommes aujourd'hui, vivant dans l'illusion ; cette transformation révèle les qualités éveillées de notre nature profonde, la nature de bouddha.

Fixations et conceptions

La source des illusions habituelles est un processus de fixation, d'identification, dans lequel on identifie des choses dans le monde extérieur et l'on s'identifie intérieurement comme quelqu'un. Cette fixation est une saisie du mental qui nous fait naître. L'illusion est conçue par nos conceptions ! Voilà un point d'une importance extrême : c'est en concevant que nous donnons naissance au monde et à nous-mêmes tels que nous les percevons, les deux sont les produits de nos identifications, de nos représentations.

Sur cette base, nous pourrons mieux comprendre certains aspects de l'opération transformatrice qu'opère la représentation de la divinité telle qu'elle est méditée dans le premier aspect de la sadhana, la phase de génération. Son nom lui vient de ce qu'elle manifeste la présence divine par la création d'images mentales.


A suivre...
Par Yéché Djangsem - Publié dans : Les revues dharma
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