Dimanche 22 février 2009
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Le bouddhisme, une voie de libération
Lama Denis Teundroup
(Ce texte a été préparé d'après un enseignement donné par Lama Denys Teundroup au Sangha Loka de Lyon, le 15 septembre 1989.)
Question/réponses
Vous avez dit que nous prenions nos projections pour la réalité ; comment se fait-il que tout le monde se laisse "piéger" par cette illusion ?
Tout le monde se laisse "piéger" par l'impression qu'il a d'exister. C'est l'illusion de l'ego. Nous sommes nés avec l'illusion et de l'illusion.
Sans l'illusion, il n'y aurait plus d'homme : rien que des bouddhas !
L'illusion, qui nous fait prendre nos projections pour une réalité à l'extérieur provoque aussi la perception que nous avons de nous-même comme "sujet à l'intérieur". La conscience que nous avons
d'exister est un processus cognitif en lequel le sujet, moi, l'observateur, pose son identité dans la relation qu'il entretient avec les identités qu'il pose comme objets-projections. Le problème
est né avec nous !
Ce qui veut dire que s'il n'y avait pas ces projections, il n'y aurait peut-être pas d'hommes ?
S'il n'y avait plus de projections, il n'y aurait en effet plus d'hommes, il n'y aurait que des bouddhas ! Si nous existons, c'est parce qu'il y a ce processus de connaissance erronée
qu'on appelle l'illusion. C'est une façon de dire que l'ignorance est la source du samsara. L'ignorance est ce mode de perception erronée qui donne naissance aux six états de conscience
caractéristiques du saúsara. L'état de conscience humain est l'un de ces six plans
La méditation est quelquefois présentée comme du "nombrilisme" ?
C'est une caricature que certains entretiennent, par ignorance ou à dessein, et pour le moins une erreur d'appréciation de la méditation. Le propos essentiel de la méditation est, au
contraire, de sortir du fonctionnement égocentrique ou "nombrilo-centré" pour reprendre votre expression. La méditation propose une ouverture, une décentralisation par rapport au "moi", par
rapport à la perspective et aux attitudes "nombrilo-centrées" de l'ego. L'attitude habituelle de l'ego est centrée sur soi, elle essaie de se gratifier, de se sécuriser et de se protéger. Cette
attitude est la racine de nos problèmes, c'est la deuxième Noble vérité.
La troisième Noble vérité dit qu'il est possible de sortir de ce "nombrilisme" en travaillant de façon ouverte avec les autres et avec les situations. La pratique de la méditation est l'outil de
cette progression ; elle permet, par un travail intérieur, l'émancipation effective des attitudes égocentriques, des passions et des conditionnements qui en dérivent.
Oui, mais justement, est-ce que ce travail ne risque pas de saper une action tournée vers l'extérieur ? Est-ce que dans le bouddhisme il y a ce regard sur l'extérieur ?
Oui, il y a un regard réaliste sur l'extérieur, qui demande que l'on abandonne le caractère névrotique et passionnel de la vision de l'ego et qui demande aussi une vision intérieure.
Nous sommes, au départ, et particulièrement dans notre société moderne de consommation effrénée, complètement possédés, sciemment ou inconsciemment, par nos passions, nos attachements, nos
obligations, par toutes les sollicitations incessantes qui font que nous nous agitons comme des marionnettes au bout de leurs ficelles.
La pratique du dharma nous propose un examen réaliste de notre situation et, en nous faisant, par exemple, méditer sur le caractère impermanent et transitoire de toute chose, elle nous
permet de prendre conscience de la futilité de la plupart de nos poursuites. Nous passons le plus clair de notre temps à courir après des chimères, à poursuivre des mirages, créant ainsi notre
propre souffrance.
La méditation sur l'impermanence nous montre le caractère transitoire, évanescent et changeant de tout événement, particulièrement des événements auxquels nous attribuons une importance
particulière, ce qui permet de réduire la saisie et l'attachement que nous avons envers eux.
Cette prise de conscience de l'impermanence nous ramène à ce qui est essentiel maintenant : tout étant en perpétuel changement, nul ne sait si les possibilités du présent seront encore là
demain.
Ce recentrement sur l'essentiel au présent peut nous amener à redéfinir nos priorités, et à remettre en question certaines de nos activités. A ce moment-là, avoir une attitude moins
névrotiquement extravertie est une bonne chose.
Puis il convient d'allier la vision intérieure à l'action extérieure.
A suivre...