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Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /2009 06:00

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De la transformation intérieure

Lama Denis Teundroup

Le bouddhisme peut se définir comme la science de l'esprit, science qui nous permet de comprendre ce qu'est fondamentalement notre esprit et de comprendre aussi ce qui se passe dans notre esprit. Nous sommes continuellement confrontés à toutes sortes de phénomènes mentaux, quel que soit le nom qu'on leur donne : pensées, émotions ou autre ; la pratique de la méditation nous apprend à travailler avec ceux-ci, avec tout le contenu de notre esprit.

Ce texte est la transcription d'un enseignement donné à Chamonix en octobre 1987, auquel quelques questions et réponses ont été ajoutées. L'essentiel de cet article a été publié par les éditions Prajna dans la collection « Séminaires »


Question/réponses 2

Vous avez dit que la reconnaissance amène une dissolution de l'émotion.


-La reconnaissance de l'émotion pour ce qu'elle est permet de ne pas abonder dans son sens, de ne pas la nourrir en se fixant sur elle.


Il y a refoulement, alors ?


-On ne réprime pas l'émotion, pas plus qu'on ne l'exprime. On reste tout simplement dans une attitude de reconnaissance neutre de l'émotion.


Donc, on ne fait rien avec l'émotion ?


-D'abord, effectivement, on n'en fait rien et, à la limite, si on ne fait vraiment rien, elle se décharge d'elle-même.


Alors, comment s'en servir pour la transformer en sagesse ? Comment la colère peut-elle devenir la  colère-vajra ?


-Une fois acquise la capacité de ne pas se fixer sur l'émotion et quand cette absence de fixation est devenue quelque chose de vraiment stable, il est alors possible de ne pas avoir besoin d'attendre que l'énergie de l'émotion se soit déchargée ; l'énergie elle-même peut devenir un moyen de communication. C'est à ce moment-là que l'on peut vraiment parler de transmutation.

Le processus de transmutation véritable vient au terme d'une série d'étapes de travail avec les émotions. La première étape est la capacité à abandonner. Une deuxième étape peut être de transformer puis, la troisième, de reconnaître la nature et la quatrième de transmuter.

Dans la troisième, celle de la reconnaissance, ce qu'il s'agit de reconnaître, c'est la vacuité de l'émotion : l'émotion est dépossédée par la simple reconnaissance. Elle est d'abord reconnue comme production de l'esprit et s'ensuit un processus de dépossession, de désappropriation. L'énergie ainsi libérée de l'émotion, l'énergie de l'émotion reconnue devient, à ce moment-là, le terrain pour une expression de sagesse. Et c'est à ce moment-là qu'a lieu la transmutation. La véritable transmutation n'a pas de réalité sans d'abord la reconnaissance, sans le passage par l'expérience de vacuité.


Il me semblait qu'en s'observant on pouvait arriver à quelque chose ...: à la transmutation ?


-Pas du tout au niveau de ce qu'on appelle la transmutation. Il est possible, en s'observant, de déceler l'apparition des émotions, de ne pas y donner suite en les laissant tomber, en les abandonnant, c'est le premier niveau et c'est par là qu'il faut commencer. Abandonner ne signifiant pas rejeter, mais signifiant ne pas donner suite, ce qui est fort différent.


Est-ce qu'il faut une grande maîtrise de la méditation assise pour pouvoir méditer dans l'action ?


-La méditation dans l'action suit la méditation assise. C'est comme lorsqu'on apprend à nager : on apprend d'abord dans la piscine et même, de préférence, dans le petit bassin où l'on a pied ; et puis, lorsque l'on sait nager en piscine, on peut se jeter dans la mer, voire même au cours d'une tempête. Les situations de la vie quotidienne sont souvent agitées, certaines fois, même, houleuses ; c'est pourquoi on apprend à méditer au calme et au repos, dans le cadre offert par la méditation assise. Ce n'est que dans un deuxième temps, progressivement, qu'on apprend à intégrer les découvertes et les expériences de la méditation assise dans les situations de la vie active.


Comment aborder le travail avec les émotions ?


-Il convient de l'aborder par étapes. La notion de transmutation des émotions est extrêmement attrayante, mais elle n'est possible et ne devient effective qu'à partir des fondements. Le travail sur les émotions demande d'abord que l'on n'ait déjà pas peur de ses émotions, qu'on les accepte, qu'on accepte de travailler avec ce qu'elles sont, avec leur texture, leur énergie. Il ne s'agit pas de plonger dans les émotions d'une façon aveugle. Autrement, l'on peut devenir ce que l'on appelle certaines fois un « yogi fou » au sens péjoratif, c'est-à-dire quelqu'un qui agit ses émotions sans contrôle, d'une façon pulsionnelle.

Le travail de transmutation des émotions demande que l'on ait déjà une expérience juste de la nature de l'émotion, c'est-à-dire une expérience de sa vacuité. Quand sa vacuité est reconnue, l'émotion est par là même dépossédée. Avant d'avoir cette reconnaissance essentielle de la nature des émotions, on apprend à les transformer et avant même d'être capable de les transformer, on apprend à ne pas les suivre.

La première étape est de ne pas suivre une émotion. C'est ce que l'on apprend à faire lorsqu'on fait samatha, en étiquetant l'émotion comme « pensée ». On accepte, on n'a pas peur de la pensée et de l'émotion, on accepte qu'elle vienne et qu'elle soit là, mais en l'étiquetant, on met un terme au processus d'investissement qui nous ferait rentrer dedans, y répondre, et ainsi lui donner une suite. On ne suit pas. Affaire sans suite. Pensée, affaire sans suite. Et effectivement, la pensée ou l'émotion est sans suite.

Il est possible aussi de transformer les émotions, il y en a des exemples dans la pratique de tonglèn. Une pensée ou une émotion du type habituel ou éventuellement négatif peut être utilisée comme support et comme rappel pour développer une attitude d'esprit fondamentalement positive. On verra dans cette pratique, par exemple, comment une pensée de colère peut être transformée en un sentiment de bodhicitta. C'est la transformation, il y en a différentes versions et différentes pratiques.

Ensuite vient la reconnaissance. La reconnaissance au niveau essentiel est la compréhension de tous les phénomènes mentaux comme étant pensées, mais plus que le simple étiquetage de la pensée, il s'agit d'une expérience de la nature vide des phénomènes : les phénomènes sont une production, vide de réalité autre que le simple fait d'être des fabrications accidentelles du mental. Cette expérience est la reconnaissance de la vacuité de l'émotion, c'est une expérience vide, c'est-à-dire vide de nous-mêmes. Nous ne sommes pas là ni pour la juger ni pour l'évaluer, lui répondre ou réagir : l'émotion vide.

C'est lorsque cette aptitude à faire l'expérience d'émotion vide est réalisée que la transmutation proprement dite peut prendre place. L'expérience de vacuité de l'émotion libère celle-ci de son caractère conflictuel et conditionnant. Et cette énergie libérée, libérée de l'appropriation de l'ego et reconnue dans sa nature devient à ce moment-là, spontanément, une expression  de  sagesse. C'est ainsi que ce qui était initialement émotion conflictuelle devient finalement sagesse spontanée. C'est là que la transmutation a véritablement lieu.

Vous voyez, il est important de commencer par le départ avant de se lancer d'une façon inconsidérée dans la transmutation. C'est possible mais cela demande un cheminement, une pratique, extrêmement profonds.




A suivre...
Par Yéché Djangsem - Publié dans : Les revues dharma
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