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« Il n’y a aucun bouddha du passé, du présent et du futur, qui soit arrivé, qui arrive ou qui puisse arriver à l’éveil sans un guide spirituel ».
Le dharma, j'emploierai ce mot plutôt que bouddhisme, n'est pas une approche théiste au sens occidental : on n'y postule pas un Dieu extérieur, créateur, omnipotent, qui nous dirigerait, qui tirerait les fils de notre destinée. D'autre part, "Dieu n'appartient à personne" : il n'y a pas de copyright sur Dieu ! L'ultime (on ne parle pas de Dieu dans le dharma) est au-delà des formes et des noms, n'est jamais le tout autre, et n'appartient effectivement à personne : son expérience est une relation de personne à personne, qui ne suppose pas de propriétaire. Dans la tradition du vajrayana, la non-dualité de la nature de bouddha est symboliquement décrite comme divinité. Cette divinité est omniprésente et diffuse, elle embrasse et pénètre toute chose, et elle est notre nature la plus intime : elle est plus proche de nous-mêmes que nous ne le sommes et, par contre, nous sommes ce qui nous cache à nous-mêmes cette nature.
Tout le cheminement spirituel est précisément la découverte du mystère de l'esprit, qui est ce qui est et ce qui a toujours été si nous ne sommes pas là, c'est-à-dire, en termes bouddhiques, lorsque l'ego n'est pas là. Le point de vue bouddhique est non dualiste : il n'y a pas un témoin neutre, un témoin pur qui serait derrière l'ego.
En matière de pratique spirituelle, si l'on veut aller vraiment au fond des choses, et pas seulement s'auto illusionner et papillonner, on a besoin d'un guide en chair et en os. Il y a, certes, beaucoup de bonnes choses à glaner autour de soi : si l'on est un esprit curieux, ouvert et réceptif, on peut, au fil de lectures, au fil de conférences et de rencontres, apprendre beaucoup de choses, et s'éveiller dans une certaine mesure ; c'est très utile et, en Occident, nous sommes tous, je pense, passés par là. Mais, cette phase, toute inévitable qu'elle soit, ne peut pas durer jusqu'à la fin du cheminement.
Le danger auquel on est exposé, danger extrêmement fréquent de nos jours, est le papillonnage. On prend un petit peu de christianisme, d'amour christique, on prend un petit peu de méditation zen, on prend un peu de psychanalyse, de psychothérapie classique jungienne, lacanienne, ou autre (le marché est encombré), on prend aussi un peu d'unité soufie, un peu de non-ego bouddhique, on mélange bien le tout, que l'on sert dans l'ici et maintenant. C'est ce que j'appelle des cocktails spirituels ; parfois on met un petit peu de poivre, on pimente. Si l'on prend ce genre de cocktail comme substitut à un engagement traditionnel authentique, on se leurre. Ce n'est pas qu'on n'y trouve pas sa petite sagesse, mais c'est précisément parce qu'on y trouve sa petite sagesse, et que cette petite sagesse ne dépassera pas la petitesse de notre propre perspective.
Non, car c'est valable pour chaque voie spirituelle bouddhique ou autre. Ce n'est qu'une mise en garde de la confusion que peut entrainer le "papillonnage".
Que tout soit propice.
Djangsem