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"Pratiquer le refuge" est s'exiler du samsara avec son lot d'aliénations et de souffrances, pour entreprendre le grand voyage du dharma, avec d'autres réfugiés, les membres du sangha,
en quête de l'asile ultime qu'est l'état de bouddha.
"Le refuge est le départ de toutes les pratiques du dharma,
C'est aussi leur cheminement et leur aboutissement
Car le refuge ultime n'est autre que la nature de bouddha"
Pour bien comprendre le sens du refuge, commençons par essayer de lever quelques malentendus sur l'emploi du terme "refuge". Il présente des difficultés, car on peut facilement entendre "se réfugier" avec une connotation négative évoquant une attitude de faiblesse et d'abandon. Au sens vulgaire "prendre refuge" évoque souvent en effet une attitude de démission ou de fuite, par laquelle on "se réfugie" dans toutes sortes d'échappatoires afin de ne pas se confronter à la réalité ou à ses responsabilités.
Dans le dharma, "prendre refuge" véhicule une idée de protection et, simultanément celles d'un voyage et du courage qu'il faut pour l'entreprendre. Il ne s'agit pas de démissionner mais, bien au contraire, de faire face à la réalité en assumant pleinement sa responsabilité d'homme.
Prenons une image : si nous vivons dans un pays où notre liberté est aliénée, où la situation politique et économique est intolérable, nous déciderons peut-être d'aller nous réfugier dans une nation libre et riche. C'est un choix merveilleux mais en même temps une lourde décision. Elle implique, en effet, de quitter le lieu où l'on a vécu, les attaches que l'on peut y avoir, et d'entreprendre vers l'inconnu une odyssée présentant vraisemblablement toutes sortes de difficultés et de dangers imprévisibles. C'est un choix courageux, qui demande renoncements et efforts.
Analogiquement, dans le dharma, "prendre refuge" est s'exiler du samsara avec son lot d'aliénations et de souffrances, pour entreprendre le grand voyage du dharma, avec d'autres réfugiés, les membres du sangha, en quête de l'asile ultime qu'est l'état de bouddha.
Décider de devenir ainsi réfugié est la plus belle et la plus grande des responsabilités que nous puissions assumer en tant qu'être humain, pour nous-mêmes et pour nos semblables, car ce cheminement vers la liberté nous permettra de les aider à s'évader à leur tour de la prison du samsara vers la liberté et le bonheur fondamental de l'éveil.
Ce que l'on a traduit généralement par "prendre refuge" se dit en tibétain "kyab sou dro-oua" ; "kyab" signifie : refuge, asile, protection, ou même, "ce vers quoi l'on tend", "ce à quoi l'on aspire" ; "sou" est une particule grammaticale que l'on peut rendre par : vers ; et "dro-oua" veut dire : aller, partir ; donc l'expression globale se traduit : "partir vers le refuge", "se réfugier", "devenir un réfugié", "prendre refuge".
Lorsqu'on découvre le dharma, on a le plus souvent déjà été en recherche pendant un certain temps et on a suivi un itinéraire plus ou moins complexe. On a lu des livres, acquis une certaine compréhension, peut-être tenté des expériences qui nous ont fait traverser et visiter des contrées variées. On est un peu comme un touriste, un aspirant alpiniste, qui a consulté des livres de montagne, appréciant la beauté de différents paysages, qui a même voyagé, visité des sites, fait un peu de randonnée, mais qui n'a pas encore vraiment fait d'ascension. Sa démarche est restée extérieure : au pied de la montagne, il s'est dit qu'il serait bien d'escalader, mais il n'a fait le pas consistant à commencer véritablement l'escalade, avec ce que celle-ci implique de méthode et d'effort.