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"Pratiquer le refuge" est s'exiler du samsara avec son lot d'aliénations et de souffrances, pour entreprendre le grand voyage du dharma, avec d'autres réfugiés, les membres du sangha,
en quête de l'asile ultime qu'est l'état de bouddha.
La prise de refuge est le début d'un cheminement et d'un apprentissage cohérent, c'est l'acceptation de l'utilité et de la nécessité d'une voie qui a fait ses preuves et à laquelle on va faire confiance, c'est en ce sens un geste d'humilité et de sagesse.
Prendre refuge c'est aussi renoncer à l'attitude "d'ego-didacte", nous entendons par là l'approche commune qui consiste à faire du grappillage au gré de son inspiration du moment, pour sélectionner dans le supermarché spirituel des éléments sur mesure pour sa pratique personnelle. Cette attitude, qui est souvent inévitable au début, expose à l'auto-illusion avec toutes sortes de dangers et ne peut pas mener bien loin. Les cocktails spirituels qu'elle fabrique conduisent à beaucoup de confusion. Un apprentissage véritable nécessite méthode, cohérence et suivi.
Dans cet esprit, prendre refuge est proclamer courageusement notre détermination personnelle à faire l'effort nécessaire pour cheminer dans le dharma jusqu'à l'état de bouddha. Nous serons guidés par le dharma, soutenu par le sangha, aidé par un guide ; néanmoins c'est à nous seul qu'il tiendra de faire l'effort nécessaire pour avancer, personne ne le fera à notre place. L'ascension ne se fera pas toute seule, il nous faudra avancer pas à pas, car ni le guide, ni l'enseignement ne nous porteront sur leur dos.
En prenant refuge, nous exprimons cette intention courageuse de cheminer en travaillant sur nous-mêmes, avec les autres et le monde.
La prise de refuge, dans la perspective du dharma, fait appel à une attitude d'esprit différente de ce que pourrait être la recherche du refuge dans une perspective théiste, où l'on s'abandonnerait à "l'Autre" pour être sauvé. Il ne s'agit pas de s'en remettre à quelque chose ou à quelqu'un, en disant : "je vous aime, je m'en remets à vous, j'accepte votre enseignement, j'accepte tout, faites en sorte que je sois sauvé". Personne ne nous sauvera miraculeusement. Prendre refuge n'est pas se réfugier en démissionnant. Il nous faut assumer notre responsabilité : notre détermination et notre énergie sont les facteurs déterminants du cheminement.
Il est important de comprendre que l'on ne prend pas refuge en une entité, fût-elle divine, en un être suprême ou quelque chose qui existe indépendamment de l'esprit. Les Trois joyaux ne sont pas Dieu dans un sens anthropomorphe et dualiste. Le refuge vers lequel on tend, cette destination à laquelle on aspire est finalement l'état de bouddha, la nature pure, non dualiste, de l'esprit.
D'ordinaire, nous vivons dans la réalité extérieure et superficielle du samsara, la bulle de notre ego. Empêtré dans ses conditionnements et exposé à ses souffrances, nous cherchons des refuges de toutes sortes, en essayant de nous sécuriser, nous entourant de multiples protections et assurances : affectives, financières, matérielles, spirituelles..., prenant appui sur des personnes, des institutions, des idées, des philosophies ou des religions. Ces tentatives aboutissent quelquefois, relativement et temporairement, mais leurs succès, transitoires, se transforment finalement en échecs. Qui plus est, souvent, la frénésie agressive investie dans ces tentatives crée elle-même de nouveaux problèmes. Celles-ci manquent ainsi leur objectif et s'avèrent fondamentalement vaines. Si nous prenons refuge en des choses relatives et transitoires, lorsque celles-ci changent ou s'écroulent, ce qui est leur devenir inéluctable, notre refuge s'écroule avec elles nous entraînant dans sa chute.
Les amis nous trompent, les biens se dispersent, les constructions s'écroulent, les protections disparaissent, les idéologies s'avèrent creuses. Conjoint, parents, amis, personnes influentes, richesses, assurances et philosophies ne sont que des refuges contingents et essentiellement limités.