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"Pratiquer le refuge" est s'exiler du samsara avec son lot d'aliénations et de souffrances, pour entreprendre le grand voyage du dharma, avec d'autres réfugiés, les membres du sangha,
en quête de l'asile ultime qu'est l'état de bouddha.
Dharma, dans le contexte du refuge, se réfère à l'enseignement du Bouddha, le Bouddha-dharma. Cet enseignement est l'énoncé du mode d'être de la réalité ; il explique : comment sont les choses, comment on les connaît et les perçoit, d'abord au niveau relatif, en mode illusoire, puis, à partir de cette compréhension, comment il est possible, par la pratique juste de la méditation, de sortir de ces illusions pour accéder à l'expérience de connaissance immédiate qui révèle la réalité foncière, au-delà des voiles de l'ego et de la dualité, avec toutes les qualités éveillées qui lui sont inhérentes.
Le dharma expose, dans une perspective de sagesse et de compassion, comment il est possible de sortir de la confusion et des souffrances pour arriver à la liberté et au bonheur.
Le dharma a deux aspects, qui sont le dharma en tant que paroles du Bouddha, subsistant sous forme de textes, d'écrits, et le dharma en tant qu'expérience et réalisation de ces paroles du Bouddha.
Les écrits du dharma sont extrêmement nombreux. Dans la tradition du mahayana tibétain, il y a la collection du Kangyour, "la traduction des paroles du Bouddha" en cent-huit volumes, qui comprend trois recueils ou tripitaka : les sûtras, le vinaya et l'abhidharma. Le vinaya est l'exposé de la discipline, principalement monastique, les sûtras sont des comptes rendus qui recensent de nombreux enseignements que le Bouddha donna en maintes occasions, et l'abhidharma est l'exposé de la réalité, l'enseignement abstrait. En plus du Kangyour, il y a le Tengyour qui est le recueil des principaux développements et commentaires faits sur les paroles du Bouddha par les maîtres indiens, il comprend deux cent treize volumes. Il y a aussi les écrits du vajrayana constitués par différents tantras dont certains sont inclus dans le Kangyour et le Tengyour ; ce sont des textes particuliers qui présentent les pratiques associées à un aspect de la nature de bouddha figuré sous l'apparence symbolique d'une divinité. Chaque tantra, et ils sont nombreux, véhicule ainsi les enseignements d'une divinité. Au Kangyour et au Tengyour viennent s'ajouter les innombrables textes et commentaires écrits par les maîtres tibétains, depuis l'introduction du bouddhisme au Tibet au septième siècle, jusqu'aujourd'hui.
Les écrits, "ce qui a été dit" comme enseignements, sont la parole et la lettre de la tradition, ils sont des indications, une carte qui amène progressivement à une expérience directe du terrain qui est le dharma en tant que réalisation. Cette réalisation est l'esprit qui anime la lettre des écrits et la fait vivre. La carte sans l'expérience qui sait la déchiffrer, qui sait l'appliquer au terrain et permet de cheminer sur celui-ci, serait lettre morte. Cette expérience du dharma s'acquiert dans la discipline de la méditation et s'est transmise, avec son savoir faire, en une lignée ininterrompue de maître à disciple jusqu'aujourd'hui.
Ensemble, ces deux aspects du dharma sont la voie, l'enseignement auquel on se remet, le dharma comme refuge.
Pour exprimer le refuge en le dharma, la formule utilisée, qui fait suite à celle que nous avons vue précédemment pour le bouddha, dit : "Deutcha tang drèloua nam gui tcho, tcheu la kyab sou tchio", "Deutcha tang drèloua" signifie "sans passion" ou "libre d'agressivité", "nam gui" sont des particules grammaticales, "tcho" a le sens de "suprême, sublime" et "tcheu la kyab sou tchio" se traduit : "je vais vers le dharma pour refuge ". Ainsi, globalement :
"Je vais vers le dharma, suprême non-agression, pour refuge".
Cette non-passion ou non-agression est l'expression du non-ego, de l'absence des attitudes agressives et passionnelles de l'ego qui est l'essence du dharma. C'est une qualité de douceur, de non-violence, au-delà de la virulence et des illusions de l'ego.
Le sangha est la communauté de ceux qui suivent le dharma, qui le pratiquent et, dans certains cas, l'enseignent, suivant les degrés d'expériences et de réalisation. On distingue le sangha ordinaire, qui regroupe toutes les personnes qui ont pris refuge et sont engagées sur la voie, et le sangha supérieur, constitué par les êtres réalisés : les bodhisattvas à partir de la première terre, c'est-à-dire les personnes qui sont arrivées au point de non-retour dans le samsara. Cette première terre n'est pas encore l'éveil définitif, mais on y est déjà sorti des conditionnements du cycle des existences.
La formule qui exprime le refuge en le sangha dit "tsho nam gui tcho, gèndune la kyab sou tchio", "tsho nam gui tcho" signifie "la suprême assemblée" et "gèndune la kyab sou tchio" se traduit : " je vais vers le sangha pour refuge". L'ensemble signifie donc :
"Je vais vers le sangha, la suprême assemblée, pour refuge."
L'assemblée du sangha n'est pas une assemblée ordinaire, sa cohésion vient du dharma, elle est scellée par une pratique commune.
On prend refuge principalement dans le sangha supérieur comme guide, celui-ci étant le seul qui, libre des conditionnements du samsara, puisse nous aider, nous guider, nous donner refuge face à eux. Le sangha ordinaire est aussi très important comme fraternité, confrérie spirituelle. La pratique du dharma dépend bien de nous, nous y sommes seul, mais en même temps elle s'inscrit au sein du sangha et se développe dans les interactions avec celui-ci.