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"Pratiquer le refuge" est s'exiler du samsara avec son lot d'aliénations et de souffrances, pour entreprendre le grand voyage du dharma, avec d'autres réfugiés, les membres du sangha,
en quête de l'asile ultime qu'est l'état de bouddha.
Cette motivation, cette orientation vers l'éveil, affirmée la première fois que l'on prend refuge, est ensuite réitérée chaque fois que l'on commence une pratique, quelle qu'elle soit. Elle est l'inspiration initiale, la base de chaque pratique, elle lui donne son orientation spirituelle comme un rappel de sa destination, et c'est un moyen d'entrer dans l'influence spirituelle des Trois joyaux.
Nous avons dit plus haut que la nature de bouddha est omniprésente, elle est partout, où que nous soyons et quoi que nous fassions, sans pourtant nous être perceptible.
Nous pouvons nous en approcher, nous ouvrir à elle à l'aide de différents supports. Une image mentale représentant le bouddha, les Trois joyaux, peut concrétiser leur présence immanente et favoriser notre attitude intérieure d'ouverture et d'aspiration. La récitation d'une formule de refuge peut nous aider à tourner notre esprit vers l'éveil en dirigeant notre attention et nos énergies dans cette direction. La prise de refuge est une forme de prière, non pas au sens d'une demande ou d'une discussion avec les Trois joyaux, mais au sens d'une ouverture de notre esprit à la présence éveillée et à l'influence spirituelle de la nature de bouddha.
Nous pouvons prendre refuge de façon formelle ou informelle. Il nous est possible de tourner notre esprit vers l'éveil, vers les Trois joyaux, d'une façon informelle, simplement par un instant de pensée, un instant de rappel, un instant d'ouverture..., une pause d'un instant.
Prendre refuge d'une façon formelle ou informelle est ainsi possible à tout moment, en n'importe quelle circonstance de notre vie quotidienne, chaque fois que cela se présente ou que nous ressentons le besoin d'une inspiration, d'une protection. Les formes : représentations, formules du refuge sont des aides importantes, mais l'essentiel est l'attitude intérieure qui y correspond ; elle doit toujours accompagner les formes. Nous pouvons aussi la développer sans formes.
Par le rappel d'une telle pratique, le refuge devient vivant, source d'inspiration, dans la présence de laquelle nous vivons chaque instant du quotidien.
Jusqu'ici, nous avons parlé des Trois joyaux. Ils constituent le refuge fondamental, le seul qui soit essentiel au départ du cheminement, aux niveaux du hinayana et du mahayana.
Nous allons maintenant dire quelques mots sur d'autres aspects du refuge que développe le vajrayana. Il envisage un refuge extérieur constitué par les Trois joyaux, tels que nous les avons vus, puis un refuge intérieur, et secret ou d'ainsité.
Le refuge intérieur n'est pas triple, mais à six branches : aux Trois joyaux s'ajoutent les Trois sources, qui sont le lama, le yidam et le protecteur. Ce refuge met l'accent sur des aspects particulièrement importants pour le vajrayana : le maître et la lignée de transmission constituent la première racine ou source : les lamas. Les aspects du bouddha sur lequel le pratiquant va méditer : les yidam ou divinités d'élection, et les dharmapala ou "protecteurs du dharma", constituent respectivement les deuxième et troisième sources. Il n'y a pas lieu de les développer maintenant, mais il est important de bien comprendre que ce refuge intérieur n'est pas séparé du refuge extérieur : c'est un développement de celui-ci.
Dans le vajrayana, l'ensemble des six aspects du refuge intérieur est incorporé en la personne du lama-racine. Le lama-racine (voir Dharma n° 12), en tant que dernier maillon de la chaîne de transmission des enseignements, concrétise d'une façon directe, à notre niveau, la présence de l'éveil et de l'enseignement. Il est, à ce titre, le représentant des Trois joyaux et on l'envisage comme les incorporant : son esprit comme bouddha, sa parole comme dharma et son corps comme sangha. Il incarne aussi les trois sources : son esprit est envisagé comme le yidam, l'esprit éveillé ; sa parole correspond au protecteur, qui met en œuvre l'activité éveillée, et son corps au lama lui-même en tant qu'aspect des Trois sources. Il est ainsi la présence vivante et directement accessible des Trois joyaux et des Trois sources.
Ensuite vient le refuge secret. Il y en a différentes présentations. Il consiste à prendre refuge en les trois corps du bouddha tels qu'ils sont en l'expérience de mahamudra. Ce refuge est l'expérience immédiate de la nature de bouddha au-delà de toutes formes ; on l'appelle aussi "refuge d'ainsité".
Parmi les Trois joyaux : bouddha, dharma, sangha, le plus essentiel est le bouddha. En effet, d'un point de vue essentiel, sangha et dharma en sont issus et finalement s'y résorbent.
Le sangha est l'ensemble de ceux qui pratiquent le dharma sur la voie de l'éveil. Dans cette perspective, le refuge en le dharma est plus essentiel que le refuge en le sangha. Le dharma a son terme dans la réalisation de l'état de bouddha, il débouche sur celui-ci. Ainsi le refuge en le bouddha est-il plus essentiel que le refuge en le dharma. L'état de bouddha, c'est fondamentalement les trois corps du bouddha, et de ces trois corps le plus essentiel est le corps de dharma, le dharmakâya. Le refuge ultime est donc ce dharmakâya du bouddha, c'est-à-dire la dimension omniprésente, omnipénétrante, au-delà de toutes formes et de toutes déterminations, du pur esprit. Ce refuge ultime, la nature de bouddha, est en nous comme le niveau pur de notre propre conscience.
La pratique de ces différents refuges suit une progression : du refuge extérieur vers l'intérieur puis vers le secret, refuge de "telléité". Cette progression est celle des pratiques du hinayana et du mahayana à celles du vajrayana, et, au sein des différents yana, celle du passage d'une pratique du niveau de la réalité relative à celle du niveau de la réalité ultime.
La pratique du refuge est ainsi présente tout au long du cheminement, du premier pas en celui-ci jusqu'à son terme.