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Je crois que ce sont les points essentiels à introduire aujourd'hui ; si vous avez des questions elles sont les bienvenues, et au milieu de celles-ci, nous aborderons les questions apparues dans les groupes de discussion.
Question : La compassion est un moyen de parvenir à l'éveil. Mais n'est-elle pas plutôt un effet ? N'est-ce pas la compréhension qui fait naître la compassion ?
Réponse : C'est une très bonne question. En fait, on a besoin des deux. Vous dites que la compréhension amène la compassion ou l'amour, et c'est tout à fait vrai. Et dans l'autre sens aussi, l'amour et la compassion authentiques permettent de dépasser l'état de fermeture égoïste et amènent à une compréhension au-delà de l'ego. La compréhension amène l'amour ; l'amour amène la compréhension.
C'est exactement la perspective du mahayana dans laquelle les deux s'entraident. Il considère qu'il serait erroné de pratiquer l'un sans l'autre, de les dissocier. Finalement, la compréhension ultime et l'amour ultime ne sont pas différents. Il n'y a pas d'amour ultime sans compréhension ultime ni de compréhension absolue sans amour absolu.
Q : Pourquoi traduire bodhicitta par "cœur-esprit éveillé", alors qu'on utilise habituellement "esprit d'éveil" ?
R : Vous avez souvent entendu parler de bodhicitta comme "esprit d'éveil". J'ai employé aujourd'hui le "cœur-esprit éveillé".
La nuance est importante parce que l'esprit éveillé s'avère être entendu comme un état d'esprit, ce qui est juste, certes, mais qui est facilement compris comme quelque chose d'abstrait. Bien sûr, si vous en avez déjà une compréhension réelle ou une expérience, ce n'est pas le cas, mais si l'on parle simplement de l'esprit d'éveil, on a tendance à passer facilement à côté de toute la dimension de cœur qui est présente, et même essentielle, dans bodhicitta. Je vous l'avais dit l'autre jour, traduire citta par "esprit" en français est juste, mais ce n'est finalement qu'une traduction partielle, qui de vient un peu partiale, car il y a aussi dans citta une certaine notion de cœur. Pour faire passer ce dont il s'agit, la juxtaposition de cœur-esprit s'avère très riche. Il s'agit d'une ouverture autant du cœur que de l'esprit, d'une ouverture de notre expérience. Notre expérience est faite d'un vécu, d'un corps d'expérience avec dans celui-ci quelque chose de palpable, de tangible, une qualité de sensation et de cœur. "Esprit", en français, fait habituellement référence à quelque chose d'abstrait, d'intangible, et aussi de conceptuel et d'intellectuel.
Q : Pourquoi fait-on des souhaits pour les défunts ?
R : C'est une façon de générer une activité positive, d'avoir une intention positive et de diriger son énergie positive en direction de la personne concernée. Dans une perspective relationnelle, c'est source d'une action positive, d'un karma positif, d'un côté comme de l'autre. C'est une forme de pratique qui de ce fait est considérée comme aidant véritablement les deux côtés de la relation, par rapport à la personne défunte aussi bien que par rapport à ceux qui sont restés et qui font ce rite funéraire. On considère qu'il y a une possibilité que ce qui reste de la personne défunte, dans le bardo, la conscience en transmigration, soit influencée par le rituel. Certains rituels développés expriment le processus de libé ration dans ses opérations, et la participation de la conscience en transmigration au rituel a un pouvoir libérateur. Aussi bien au niveau d'une action positive que d'une compréhension, il y a quelque chose d'utile dans de tels souhaits et pratiques.
Q : Si on fait le souhait sincère de développer bodhicitta, est-ce que cela laisse des empreintes ?
R : Je ne l'ai pas développé tout à l'heure, mais il y a deux aspects de bodhicitta qui sont :
Le souhait de développer bodhicitta est ce que l'on fait lorsque l'on prend l'engagement de bodhisattva : l'engagement de bodhisattva est le souhait de développer bodhicitta.
Il s'agit ensuite d'appliquer cette motivation dans notre expérience, dans nos faits et gestes quotidiens, et c'est ce que l'on fait dans l'exercice des six perfections, les six vertus fondamentales du mahayana, que sont : le don, l'éthique, la patience, l'énergie, la méditation et la compréhension.
L'important est de commencer par la motivation. Quoi que l'on fasse, cela commence toujours par la motivation. Si vous voulez devenir millionnaire, il faut d'abord avoir la motivation de devenir millionnaire. Si vous voulez devenir bodhisattva, il est indispensable de commencer par avoir la motivation.
Cette motivation est ce que l'on appelle aussi le souhait du cœur. Prendre l'engagement de bodhisattva c'est poser comme aspiration essentielle au plus profond de soi, de son cœur, ce souhait d'ouverture, ce souhait de développer l'amour, la compassion et la compréhension authentiques.