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Le rêve est utilisé comme modèle pour comprendre la réalité et aussi comme support de certaines pratiques yogiques. Certains yogas font appel au rêve, apprenant à vivre dans cette expérience comment l'esprit fonctionne et s'illusionne. Si vous voulez, supposons que nous rêvions. Qu'est-ce qui se passe quand nous rêvons ? Nous faisons l'expérience d'un monde que nous appelons le monde onirique.
Il y a déjà un point intéressant ici : lorsque nous rêvons, toute l'expérience que nous faisons est dans notre esprit. Cet esprit, mon esprit, fait une opération curieuse en produisant un observateur ; certaines fois nous nous vivons même ayant un corps onirique, nous avons l'impression d'avoir une forme. Il y a autour de nous un monde, des scènes, des événements. Supposez maintenant un cauchemar. Vous êtes, par exemple, poursuivis par un lion. C'est un gros lion, avec de grandes dents, il vous court après... et vous courez aussi. Le lion court plus vite que vous et son haleine commence à vous souffler dans la nuque... une peur immense, il vous saute dessus. Ça y est, vous vous réveillez haletants avec des sueurs froides et des palpitations. Quel cauchemar ! D'accord ? Mais c'est pourtant curieux ... en effet, d'où vient le cauchemar ? Le cauchemar vient de ce que lorsque vous rêvez, la première partie de l'esprit qui se vit comme un sujet a perdu trace du fait qu'elle est en train d'expérimenter une autre partie d'elle-même comme monde onirique, et en l'occurrence comme lion.
L'illusion, c'est perdre trace du fait que nos projections sont nos projections, et les prendre pour ce qu'elles ne sont pas en leur attribuant une réalité qu'elles n'ont pas. C'est ce que nous faisons à ce moment-là dans le rêve. En fait, le lion est une projection ou une production de notre esprit au même titre que le rêveur-sujet ; Esprit s'est scindé en deux et les deux parties sont des productions de l'esprit. Nous avons donc perdu trace du fait que notre lion était une production de notre esprit, et nous lui avons attribué une réalité, une drôle de réalité : nous finissons par le percevoir comme complètement réel. Au moment du cauchemar, notre lion est la réalité ; pour le rêveur c'est même la seule réalité ... et c'est bien le problème !
L'illusion, vous le voyez, amène bien des problèmes ; l'angoisse éprouvée à ce moment-là n'a pas d'autre cause ni d'autre raison. Reprenons le rêve, si vous voulez, au moment où nous avons le lion derrière nous ; supposons qu'à ce moment-là notre rêveur ait cet instant de lucidité : "Mais bon sang, bien sûr, je rêve !" et qu'il réalise qu'il est dans un monde onirique poursuivi par une projection de son esprit, qui a la forme de quelque chose qu'on appelle "lion" qui est en train de courir après son corps, tout aussi onirique, et que cette première projection de l'esprit se propose de dévorer cette autre projection de l'esprit. Ça met dans la situation pour le moins un certain humour ! Et sur le moment il n'y a plus de cauchemar car qui craindrait qu'une fabrication de son esprit dévore une autre fabrication de son esprit ?
Si nous le réalisions, nous en ririons et serions libérés du pouvoir conditionnant de nos projections. Nous verrions le lion simplement comme au cinéma. Qui plus est, si nous étions véritablement lucides d'être en train de rêver, d'être le projecteur du lion, nous aurions la possibilité de changer la projection ... Tigre, s'il vous plaît! (rires)
A suivre...