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La pratique du dharma nous apprend à comprendre cette situation, et à nous en libérer, à reconnaître la nature de nos expériences, la nature de nos projections et à reconnaître leur caractère illusoire ou simplement à reconnaître leur réalité relative. Actuellement, nous sommes dans une position similaire à celle du rêveur ; nos lions, nos démons ne sont pas du tout illusion, d'où les problèmes.
La pratique de la méditation est un travail avec nos projections dans lequel on apprend à reconnaître leur nature et puis, petit à petit, à voir au travers. Voir au travers de nos projections signifie être de moins en moins dupes et prisonniers de celles-ci. Lorsque nous les reconnaissons comme projections, nous en sommes déjà partiellement libérés, comme au moment où le rêveur aurait reconnu le lion comme lion. Et plus avant même, il est un état sans projections. Le mécanisme projectif s'arrête, comme si le projecteur, le film, l'action de projeter s'arrêtaient. L'électricité est coupée.
L'énergie sustentatrice du processus de projection est ce que l'on appelle le karma. Karma est un mot sanscrit qui signifie "activité". Lorsque l'activité qui conditionne l'esprit habituel, lorsque l'activité qui conditionne l'ego, l'esprit dualiste, est épuisée, son fonctionnement dans ce rapport à ses projections s'arrête. A ce moment-là, est une expérience sans projection, expérience que l'on dit "immédiate". "Immédiat" signifie "direct" : l'expérience ne passe pas par les représentations, ni par les formes fabriquées par le mental. Cette expérience immédiate est celle d'un être éveillé, d'un bouddha. Elle est libre de toute illusion et elle est complètement dans le réel, car l'absence d'illusion est la perfection de la réalité. Un bouddha est, au sens ultime, la seule "personne" véritablement saine, complètement désillusionnée vivant pleinement dans le réel. Cette expérience absolument réaliste lui permet d'agir de façon parfaitement efficace pour aider et libérer tout être par une énergie d'amour et de compassion non dualiste.
Cet état sans projection est comme l'arrêt du rêve. Les images du rêve cessent, la notion d'un rêveur-sujet et d'un monde-objet s'arrête et il ne reste plus que la luminosité du rêve. Pour développer l'exemple, remarquez que lorsque nous rêvons, dans notre chambre, il fait nuit noire, ce qui n'empêche que nous pouvons très bien nous rêver à la plage en train de prendre un bain de soleil. Il y a une lumière, une certaine luminosité que vous expérimentez dans le rêve et qui ne vient pas de l'extérieur puisqu'il fait nuit noire. Il y a dans l'esprit une aptitude à connaître, une certaine luminosité sustentatrice de l'ensemble des expériences oniriques. Supposez que le processus projectif de l'esprit s'arrête et qu'il n'y ait plus que cette clarté, cette luminosité connaissante, sans image et sans expérience de sujet et d'objet. C'est ce qu'on appelle traditionnellement la claire lumière du sommeil. Un bouddha en état de veille fait une expérience analogue, à la différence près qu'en expérimentant le niveau fondamental de l'énergie au-delà des projections, il est dans une situation avec laquelle nous pouvons communiquer. Un bouddha a un corps, il parle, il communique, il expérimente ... les mêmes choses que nous, sans le filtre déformant, sans les parasites qui nous trompent et nous illusionnent.
Je préférerais m'arrêter ici et éventuellement à partir de vos questions et de vos intérêts préciser ce qui a été dit.
A suivre...