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Nous avons entre nos mains la possibilité de changer notre vie, de transformer notre expérience et ce que nous sommes. Nous avons cette possibilité car fondamentalement nous sommes libres.
Dans la réalité relative, notre monde nous apparaît comme quelque chose d'objectif, bien qu'il soit produit par notre esprit et son karma. En fait une partie de penser-esprit se vit comme sujet expérimentant son autre partie, ses projections, comme différentes de lui, c'est l'illusion. (Cette situation est bien mise en évidence par l'analogie avec l'état de rêve).
Les expériences de l'esprit dualiste sont conditionnées par le karma, comme nous venons de le voir, néanmoins dans cette production il est une part de liberté. Elle vient de l'expérience immédiate qui est la base à partir de laquelle émerge l'expérience dualiste (les qualités de cette expérience immédiate constituent la limite de l'analogie avec l'état de rêve).En tout cas il est essentiel de comprendre que les conditionnements opèrent sur fond d'esprit-expérience immédiat, non conditionné. Ainsi l'expérience fondamentale éveillée est déjà présente dans notre vécu ordinaire, même si elle y est déformée, voilée, brouillée, parasitée par la conscience dualiste. Cette expérience fondamentale est la source des qualités positives de notre expérience, la source de notre liberté, la présence de l'inconditionné dans notre vécu.
Notre vie participe ainsi du conditionné et de l'inconditionné, l'expérience de la vie étant un mélange de liberté et d'asservissement, un tissage constitué d'une trame de conscience dualiste, issue du karma, sur fond d'intelligence immédiate. Notre vécu conditionné, notre monde habituel sont faits des projections, tendances et propensions, des habitudes mentales. Mais en même temps que ces aspects conditionnés, il y a en notre vécu une part d'expérience fondamentale, immédiate et inconditionnée qui est la source de notre liberté. La liberté est ainsi présente en notre expérience à chaque instant.
Ce qu'il est important de bien comprendre, c'est que cette dimension de liberté est présente tout le temps. Elle permet le libre-arbitre, le choix, et par là même une responsabilité, celle d'utiliser de façon adroite la possibilité d'alternative que nous avons. Il est important d'insister sur cette note car le karma est souvent présenté de façon totalement erronée comme une sorte de fatalité ou de déterminisme.
Comprenons donc le karma en rapport avec cette liberté et responsabilité. Il est ensuite possible de faire confiance à cette liberté : d'avoir confiance en la possibilité de transformation, de libération qu'elle nous offre.
Nous sommes donc responsables de nos agissements et constamment amenés à en expérimenter les conséquences ; c'est l'enchaînement du karma, la liberté et la causalité du karma. Nous avons la liberté du choix mais les conséquences sont inéluctables. Le présent est le résultat du passé et le futur dépend du présent. On dit souvent « l'action passée a pour résultat l'état présent et l'action présente est cause de l'état futur ». Dans cette perspective le présent, avec ses qualités et ses problèmes, est le résultat de conditionnements karmiques mais nous avons maintenant la liberté de transformer ces conditionnements, de les dissiper, de les dissoudre, ou comme il est dit aussi de les purifier. Il y a dans le présent une part de liberté qui, si nous l'utilisons adroitement, amènera une bonne évolution à venir, un bon avenir. Le propos est d'utiliser à chaque instant cette liberté pour transformer notre karma. De ce point de vue, dans la perspective de l'éthique du Dharma, chaque être est responsable de sa transformation et de son accès à l'état fondamentalement libre et sain qu'est l'Eveil. Néanmoins, sa responsabilité n'est pas du fait de son ego mais de sa capacité à faire confiance, à s'en remettre à ce qui lui manque, c'est-à-dire au non-ego qui est aussi la nature de Bouddha.
La voie consiste d'abord à cultiver les graines positives qui ont des résultats heureux et à éviter les graines négatives qui ont des résultats malheureux. Finalement elle s'ouvre sur le dépassement du karma comme conditionnement. Dans le cheminement il y a ainsi deux niveaux qu'il faut bien distinguer :
- Le niveau fondamental est l'épuisement de tout karma et la fin de l'esprit dualiste. Cette fin de la dualité est aussi celle des voiles d'illusions et de passions qu'elle génère. Elle révèle les qualités de l'immédiateté, les qualités de l'éveil d'un Bouddha, le Trikaya, éternel, parfait et omniprésent. Cette fin du karma est le grand épuisement, la grande perfection, l'éveil.
- Le niveau relatif, qui constitue l'esprit dualiste, est gouverné par le karma, positif ou négatif. Il est négatif lorsqu'il solidifie les illusions et renforce par là même la dualité de l'ego et ses passions conflictuelles. Il est positif lorsqu'il va dans le sens de la réduction des illusions et du dépassement des passions, c'est-à-dire lorsqu'il va dans le sens de l'ouverture, de l'intelligence, de la bonté d'amour et de compassion et de la confiances authentiques...
Remarquons simplement que le karma positif n'est pas l'opposé du négatif dans une vision dualiste du bien et du mal. Le karma négatif est facteur de voiles et d'illusions, le positif est facteur de tendances qui vont dans le sens du dévoilement et de l'expérience de la réalité. Le dévoilement final, qui est la fin du karma positif comme du karma négatif est l'éveil.
La pratique au niveau relatif, telle que nous venons d'en parler, consister à cultiver le karma positif et à éviter le négatif ; elle est nommée traditionnellement « le développement de bienfaits » ou « de vertus ». La pratique au niveau fondamental, telle que nous venons d'en parler, tend vers l'épuisement de tout karma ; elle est nommée traditionnellement « le développement d'immédiateté » ou « d'intelligence immédiate ». Ce sont les deux étapes complémentaires et généralement progressives qui conduisent à la Libération.
A suivre...