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Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /2009 06:00

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A cœur vigile, l’éternité

Lama Denis Teundroup 

Enseignement d’introduction au séminaire de Lama Denys intitulé : La vigilance au cœur de la voie. Institut Karma Ling, du 20 au 26 février 1995.

Questions/réponses

- Question : Vous avez dit que l'énergie de cette vie, son dynamisme est compassion?

Lama Denys : Oui, on n'a pas de la compassion, on est compassion. La compassion que l'on a, au sens où nous en parlions tout à l'heure, est plus de l'amour, et il faut qu'à l'amour s'adjoigne la méditation, la vigilance pour être compassion. La compassion étant la participation, compatir : être avec. Donc la compassion est cette présence de partage qui est un état plutôt qu'une propriété. Cet état est l'énergie, le dynamisme de l'éveil.

- La compassion est-elle action?

La compassion est l'action de l'intelligence, la compassion est action manifestée, manifeste. L'action est nirmanakaya, l'intelligence est la lucidité du sambhogakaya. L'ouverture de la désidentitication est dharmakaya. La compassion est l'action intelligente, l'action d'intelligence, l'action vigilante ; c'est l'action de la vigilance, de la vie sans ego, sans son agressivité et sa violence.

- Vous nous avez parlé de la méditation et de la compréhension mais peu de l'émergence de la compréhension au sein de la méditation. Est-ce que vous pourriez en dire quelques mots?

La pratique de samatha comme nous l'avons vue consiste à rester tranquille. C'est un état d'aise que la tradition de la méditation compare souvent à un lac étale ou à une mer plate sans les vagues que sont les agitations des phénomènes mentaux. Lorsque cet état de tranquillité s'est installé, une qualité particulière de vision ou de compréhension, de lucidité, émerge. On voit le fond de notre expérience tel qu'il est; et développe une forme de vision contemplative qui permet de voir ce que nous sommes et comment est notre expérience. Ce n'est plus à ce moment là une compréhension analytique, dis- cursive, philosophique, mentale mais une vision directe, simplement l'observation de « comment c'est » dans cet état de tranquillité du mental. Cette vision profonde est ce qu'on appelle vipasyana.

C'est pourquoi la pratique de méditation assise s'appelle samatha-vipasyana : il y a d'un côté la tranquillité et de l'autre côté la vision, la lucidité. Samatha développe d'abord les qualités de silence et d'attention. La pratique de vipasyana transforme cette qualité d'attention en une qualité de lucidité. Mais nous n'avons pas trop à parler de vipasyana car c'est une expérience qui vient lorsque la tranquillité a déjà été trouvée. Il ne s'agit pas d'en parler, il s'agit de la vivre petit à petit.

 

- Vous parlez souvent d'incorporation, est-ce que l'on peut comprendre la vigilance comme incorporation?

Oui, c'est un point très important. II y a un gros problème chez les occidentaux qui s'intéressent à la spiritualité, il ne s'intéresse qu'à l'esprit. fis veulent étudier l'esprit - ce qui est juste - mais dans les catégories culturelles dont nous avons hérité, il y a un dualisme extrêmement fort entre corps et esprit, matière et esprit et aussi d'ailleurs cœur et esprit. Et ce clivage, ce dualisme culturel, transposé dans l'approche qui devient spirituelle, amène une forme de déviation spiritualiste. On entend par là un parti pris contre la matière, et aussi souvent un déséquilibre dans lequel le corps et la forme sont dévalorisés. Je ne dis pas que ce soit toujours le cas mais c'est une tendance qui est fort présente.

La vigilance qui - comme nous le disions - est le cœur du cheminement, n'est pas tant une question de spiritualisation au sens de développer un esprit qui serait quelque chose d'abstrait, un esprit ailleurs, au-delà. D'un point de vue bouddhiste, l'au-delà n'existe que par rapport à l'en-deçà: ce sont des catégories dualistes. La vigilance, la présence ne consistent pas à essayer de trouver un esprit au-delà, ne consistent pas à partir dans une abstraction, dans une décorporation ; il s'agit au contraire d'être simplement présent; c'est-à- dire de faire corps avec la situation. Faire corps avec l'instant, faire corps avec la situation présente signifie de s'oublier en celle-ci: l'on n'est plus acteur conscient de soi-même dans la situation, mais la situation est vécue dans une qualité de présence. Plutôt qu'une attitude dans laquelle on essaie de maîtriser la situation, d'être le maître observateur, il y a une harmonie, une danse avec la situation qui demande une douceur, une souplesse, une flexibilité: on se fond en la situation - toujours avec la lucidité dont nous parlions - mais dans un mouvement qui est une expérience d'incorporation: faire corps avec l'expérience, être un avec l'expérience.

 

- Dans la marche méditative, la frontière entre l'attention et l'auto-observation me semble assez floue...

 

Être attentif à la marche signifie tout simplement d'être la marche: ça marche! Essayer de s'observer en train de marcher est une complication inutile ! L'auto-observation est une attitude qui est très maladroite. Un exemple que je prends souvent est celui de quel- qu'un qui plante des clous, il s'agit d'être très attentif, mais si l'on est attentif au sens de s'observer soi- même en train de planter le clou! Vous voyez? Essayez! Si plutôt que d'être attentif à ce qui se passe, à la situation, vous vous observez vous-même en essayant d'être conscient de vous-même en train de planter un clou! ça fait mal ! L'auto-observation dans le sens du développement de la conscience de soi n'est pas du tout l'attitude de la méditation. Dans la marche méditative on peut très bien simplement sen- tir et vivre le mouvement, être dedans, sans avoir besoin de le verbaliser ou de l'observer; en fait on est complète- ment dedans, l'attention étant celle du mouvement et du contact avec la terre. Dans la marche méditative l'accent est sur le fait d'avoir les pieds bien sur terre tout en ayant l'esprit relâché, la conscience spacieuse, dégagée. Les pieds sont sur terre, dans l'attention à la marche et il y a une lucidité de l'environnement : les yeux sont ouverts, les oreilles sont ouvertes, la conscience est ouverte, et on est bien posé sur le sol, dans la présence: on est tout cela, dans la continuation de la méditation assise.


A suivre...
Par Yéché Djangsem - Publié dans : Les revues dharma
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