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Hommage à l'immense Compassion
XI – Méditations guidées
Première méditation guidée
La pratique de tonglèn est une pratique centrale dans l’apprentissage du cœur-esprit éveillé, de l’éveil du cœur et de l’esprit. C’est une forme de méditation qui développe le cœur-esprit
éveillé dans son aspect relationnel, qui développe les qualités de réceptivité et de disponibilité dans les situations relationnelles, d’échanges interpersonnels. Il s’agit d’apprendre à être
réceptif, d’apprendre à recevoir de façon ouverte et d’apprendre à être disponible pour donner aussi de façon ouverte.
La pratique de tonglèn s’inscrit dans le cadre de ce que nous pouvons appelé le « mandala de l’expérience habituelle », avec au centre moi, à la périphérie l’environnement et entre les deux une
barrière, une frontière, une limite. D’un coté, c’est chez moi et de l’autre coté c’est chez l’autre, chez les autres. La pratique de tonglèn est fondée sur l’ouverture du cœur-esprit, ce qui est
aussi l’ouverture de nos frontières.
L’attitude habituelle égotique est d’importer ce qui est bon et d’exporter ce qui est mauvais. Ce n’est pas l’attitude forcément la plus intelligente mais c’est comme cela que nous fonctionnons
habituellement dans une logique qui est celle de l’ego.
La pratique de tonglèn fait appel à l’échange de moi et de l’autre. Il s’agit de mettre le moi à la place de l’autre et l’autre à la place de moi. C’est le renversement de notre logique : plutôt
que de fonctionner en accaparant ce qui est bon et en donnant ce qui ne l’est pas, nous apprenons à donner ce qui est bon et à accepter ce qui est difficile.
La pratique de tonglèn est une pratique de bodhisattva, de chevalier de l’éveil, de cœur-esprit vaillant. Nous avons des résistances à cheminer dans l’ouverture mais nous découvrons que c’est
possible, et qui plus est, que c’est source d’éveil et de bien être tant pour autrui que pour nous-même. Nous découvrons que nous n’avons pas besoin de frontières gardées avec des miradors,
des fils de fer barbelés et toutes sortes de systèmes de défenses et que nous pouvons ouvrir notre territoire, notre cœur et notre esprit. Nous ne pouvons entrer dans la pratique qu’avec
confiance. C’est la confiance qui permet d’avoir cette attitude audacieuse et téméraire qui est d’ouvrir sa bulle, d’ouvrir son cocon et d’accepter d’être exposer.
Nous découvrons aussi que donner n’est pas un apauvrissement. Le don nous introduit à une richesse : la richesse du cœur et de l’esprit. Le don enrichie et nous découvrons notre capacité à donner
en donnant. Nous nous croyons pauvre, incapable, inadéquat, impropre, et en ouvrant notre cœur nous ouvrons une porte derrière laquelle se révèle un trésor.
D’autre part en acceptant d’être exposé à l’indésirable, à la souffrance, en l’acceptant pleinement, la nature des difficultés se transforme et elles perdent le coté dur, agressif et pénible
qu’elles ont habituellement. C’est ainsi que nous apprenons, en méditant, à être exposé à ce à quoi habituellement nous disons non. Plutôt que de repousser, nous acceptons dans une attitude de
détente et d’ouverture. C’est le premier mouvement.
Le deuxième mouvement consiste à émettre tout ce qui est bon, positif, sain, heureux. Ces qualités habitent en notre cœur. Notre cœur est le siège de notre nature éveillée, de notre nature de
Bouddha et c’est le lieu de l’ouverture, de la lucidité et de la réceptivité-disponibilité dans leur dimension la plus profonde. Nous donnons, à partir de ce cœur, tout ce que nous avons de
bon.
D’abord, dans la pratique assise, il s’agit de vivre simplement ce double mouvement et lorsqu’il a été senti, ressenti, vécue profondément, il est associé à la respiration. Lorsqu’il y a
inspiration, il y a prendre, accepter et lors de l’expiration, il y a donner, offrir. Lorsque nous inspirons il y a réceptivité et lorsque nous expirons il y a disponibilité. En associant ce
double mouvement au rythme de la respiration, nous nous entraînons, encore et encore, jusqu’à que cette attitude soit aussi naturel que la respiration, jusqu’à ce que nous soyons réceptif et
disponible comme nous respirons ; c’est l’idée de cet apprentissage.
Pour commencer, comme il y a des défenses, des réticences, toutes sortes de difficultés, nous partons d’une situation en laquelle nous sommes touché. Il y a là une mise en situation qui fait
partie de la méditation dans son étape préliminaire. Nous nous mettons dans une situation en laquelle est une personne que nous aimons particulièrement et par rapport aux difficultés et aux
souffrances de cette personne aimé, auxquelles nous ne pourrions pas être insensible, qui nous toucheraient véritablement, nous commençons à accepter – accepter de partager sa peine, compatir,
être réceptif – et aussi à offrir de son cœur, à donner.
Cet exercice est fait traditionnellement en partant de sa mère qui, pour différentes raisons assez évidentes, a été pour nous quelqu’un d’important. Bon, en Occident il y a beaucoup de problèmes
psychologiques, de relations parentales... mais ce qui est important est de commencer avec une personne avec laquelle nous avons cette relation de cœur.
Ensuite, lorsque nous sommes entré dans le vécu de la situation, nous acceptons ce qu’il pourrait il y avoir de difficile, de pénible dans cette situation et nous donnons.
Je vous propose maintenant de faire un moment de méditation durant lequel nous allons chacun, à notre façon, aller à la découverte d’un point sensible, d’une situation qui nous touche et de notre
capacité à accepter l’indésirable et à donner le bon. Ensuite vous pouvez aussi appliquer le mouvement d’acceptation et de don à l’alternance du rythme de la respiration.
Ensuite la pratique consiste à développer cet échange avec différentes personnes, en commençant par celles qui nous sont proches et avec lesquelles naturellement cela est le plus facile. Puis en
élargissant le cercle, de proche en proche, nous appliquons tonglèn à toute personne, jusqu’à celles qui nous sont lointaines puis même nos ennemis ou les personnes avec lesquelles nous avons des
difficultés particulières.
Après avoir découvert la possibilité de cette attitude assis, nous apprenons aussi à l’avoir dans la méditation en action, c’est-à-dire dans la vie quotidienne, en situation relationnelle, avec
l’un ou l’autre. C’est l’apprentissage de l’éveil et de l’amour dans la vie quotidienne.
Pour que cette méditation ne soit pas trop abstraite, pour lui donner plus de corps, pour mieux l’incorporer, nous nous aidons aussi d’une représentation. Tout ce qui est incorporé de désagréable
l’est sous une forme sombre, noirâtre, fumeuse qui est, avec l’inspiration, intégré. Cette négativité désagréable, indésiré, pénètre jusqu’au cœur de notre cœur, au-delà de toute réticence, de
toute défense, et finalement au plus profond de notre cœur, s’évanouie, se dissout en la vacuité... ce qui ce fait naturellement en l’absence de tout refus. Puis de ce cœur de notre cœur
irradient, sous une forme lumineuse, claire, brillante, toutes les qualités, tout ce que nous désirons, tout ce qui est bon, agréable qui, avec l’expiration, rayonnent, diffusent, se propagent à
l’extérieur, dans le monde ou vers la personne avec laquelle nous pratiquons.
Voilà, je vous encourage à associer cette pratique de tonglèn à la pratique de samatha-vipasyana. Au début et à la fin d’une période de pratique assise samatha-vipasyana, il est bien, utile, de
faire cinq minutes ou dix minutes la pratique de tonglèn. C’est une approche particulièrement profonde et efficace pour développer l’ouverture du cœur, l’intelligence du cœur et pour développer
cette réceptivité et cette disponibilité qui sont les fondements de la compassion et de l’amour authentiques.
à suivre...