Le Sangha Rimay est une communauté bouddhiste mixte. Il regroupe des personnes de toutes origines et activités, profondément engagées dans la pratique des valeurs éthiques et spirituelles de la tradition du Bouddha. Il suit en particulier les traditions tibétaines Shangpa et Marpa Kagyu dans une perspective "rimay"("sans partis pris"), terme tibétain qui exprime la primauté de l’expérience contemplative et la vision "d’unité dans la diversité" qui en procède.
Accueil
Article suivant
46) Dharma N°7 : Mahamudra, l’ultime pratique de l’esprit - 7
Lire l'avant propos
Introduction à Mahamudra
Lama Denis Teundroup
Transcription de l’exposé introductif à un enseignement donné au Dharmadatu de Paris le week-end des 23 et 24 septembre 1988.
Questions/Réponses
- Pourriez-vous préciser pourquoi mahamudra est traduit par "grand geste, grand symbole ou grand sceau" ?
Si mudra signifie bien geste, sceau ou symbole, mahamudra n'est pas un geste physique, ni de la parole, mais un "geste" de l'esprit, c'est-à-dire en fait un état de l'esprit. Ce grand
geste de l'esprit est celui-ci dans l'expérience de la connaissance première de la vacuité. C'est la première interprétation du mot.
Mahamudra est aussi quelquefois rendu par "grand symbole". Cette connotation renvoie à ce que l'expérience non duelle de mahamudra n'est pas une uniformité, une indifférenciation, et qu'en elle
la réalité parle d'elle-même : la réalité est à elle-même son propre message, son propre symbole. L'expérience de mahamudra dans cette perspective est le fondement de toute véritable expression
symbolique, d'où cette notion de "grand symbole".
"Grand sceau" se comprend au sens où dans mahamudra toute expérience est frappée du sceau de l'immédiateté non duelle, il n'y a pas quelqu'un qui frappe quelque chose d'autre pour le marquer,
mais chaque situation est faite dans l'expérience de cette immédiateté non duelle, dans le sceau de la non-dualité.
Vous trouverez des définitions plus détaillées dans le Dawai eusèr de Tashi Namgyal, il a été traduit en anglais et publié par Shambala sous le titre de Moon beams of Mahamudra. (Voir la
traduction faite par le comité Lotsawa, publiée dans les annexes au dossier).
- Il semble que les êtres éveillés, qui n'auraient pas d'ego, gardent une sorte de personnalité. Qu'est-ce qui alors détermine cette personnalité ?
Chaque être a avant l'éveil une histoire, il a suivi une carrière spirituelle, un cheminement, avec des particularités. L'expérience de l'éveil est le moment où il n'y a plus quelqu'un
pour s'approprier ce faisceau d'expériences. Mais l'expérience continue, sans personne pour en être le témoin et se l'approprier, elle ne se réfère plus à quelqu'un, à un ego. Néanmoins le
continuum d'expérience garde sur sa lancée des caractéristiques, des spécificités, qui vues de l'extérieur dans une perception ordinaire constituent ce qui apparaît comme la personnalité d'un
être éveillé.
Cette continuité est une des raisons pour lesquelles la formation que l'on suit sur la voie a une portée extrêmement profonde. Le chemin est une approche du résultat, et, en même temps la
direction qu'il prend préfigure ce que sera l'énergie de l'expérience d'éveil résultante.
Différents êtres éveillés peuvent ainsi avoir des styles et des approches qui vues de l'extérieur semblent extrêmement différentes. Ils n'en ont pas moins fondamentalement le même éveil.
- Pourquoi enseigne-t-on mahamudra aux Occidentaux qui méditent une demi-heure ou une heure par jour, alors qu'au Tibet, il fallait attendre des années pour recevoir cet enseignement ?
Voilà une bonne question. Je ne me moquais pas de vous, en vous disant que les Occidentaux sont des surdoués. Comme je l'ai expliqué, la vraie transmission de mahamudra demande une
relation personnelle, directe, avec un maître. Elle commence avec un certain nombre de préliminaires. Seuls ceux qui passent par ces étapes peuvent la recevoir vraiment, qu'ils soient Tibétains
ou Occidentaux. Ce que nous faisons aujourd'hui est une vue générale qui permettra à certains, nous l'espérons, de voir un peu ce dont il s'agit, de comprendre les bases de la pratique. Pourquoi
œuvrer ainsi ? Parce que la compréhension peut devenir une inspiration. Si, dans un premier temps, vous percevez la profondeur et la valeur d'une telle démarche et de tels enseignements, vous y
trouverez l'inspiration pour les appliquer. J'espère que quelques-uns d'entre vous seront capables d'aller au-delà d'une pratique limitée à une demi-heure par jour.
Il ne faut pas se leurrer : dans sa dimension intérieure, mahamudra n'est transmis qu'au terme d'une longue préparation, et aussi après que le maître eut testé le postulant et que celui-ci eut
choisi le maître. Une période probatoire, si l'on peut dire, a lieu ; elle peut se prolonger plusieurs années. Ensuite le disciple reçoit la transmission et les instructions initiales, il les
médite pendant un certain nombre de jours, de semaines ou de mois, et vient rapporter son expérience au maître ; ce dernier dissipe ses doutes, lui dispense un complément d'instructions
appropriées et l'élève repart méditer... C'est ainsi que peu à peu il apprend à "reconnaître la pratique juste". Une fois franchie cette étape, il cultive, stabilise cette "reconnaissance",
l'intègre à toutes les circonstances de la vie afin qu'elle devienne une expérience de plus en plus continue.
De nos jours, beaucoup désirent recevoir d'emblée ces instructions et voudraient les réaliser en y consacrant une demi-heure quotidiennement. Il y a là un problème. Mahamudra est la chose la plus
profonde, la plus extraordinaire, la plus merveilleuse qui soit : en une seule vie, dans un seul corps, il vous permet d'arriver à l'éveil. Il vous faut bien comprendre que pour des choses
d'importance bien moindre, vous avez étudié des années. Combien d'années passées sur les bancs de l'école, du lycée, et éventuellement de l'université, pour acquérir un métier dont la seule
fonction est de vous pourvoir du nécessaire pendant quelques décennies !
L'éveil, la réalisation que nous propose mahamudra, a une portée incommensurablement plus vaste, permettant d'aider au niveau le plus profond d'innombrables êtres. Au vu de la portée du résultat,
il faut bien admettre le besoin d'un effort soutenu qui soit à sa mesure. Je ne veux pas dire nécessairement qu'il faille s'installer dans une grotte et vivre en ermite, même si c'est une
excellente solution pour éviter la dispersion. Ce serait certainement très difficile pour la plupart d'entre nous. Toutefois, des retraites plus ou moins longues constituent une approche,
généralement indispensable. Cela dépend de la réceptivité et des aptitudes de chacun. Mais, avant qu'ils aient été complètement intégrés à la pratique, l'agitation et les circonstances
défavorables constituent un mauvais environnement, rendent malaisée l'attitude juste. Dans les phases préliminaires, des périodes d'isolement et de retraite sont conseillées, elles nous aident à
développer et à stabiliser la pratique juste, quelle que soit la situation. Les bienfaits de la pratique spirituelle sont proportionnels à l'intensité de notre engagement. C'est dans un don
complet de soi, en se donnant entièrement à la pratique, que ses bienfaits s'épanouissent.
Dédicace
Nous allons conclure par une dédicace, ce qui signifie qu'on ne garde pas "pour soi" ce que l'on peut avoir fait de positif, dans un esprit d'auto-amélioration, ou d'auto-enrichissement.
Dédier signifie partager, donner, désapproprier, abandonner.
La formule de dédicace dit :
Sans m'attacher à ce que j'ai fait de positif, je le dédie pour le bien de tous les êtres en l'insurpassable sphère de la vacuité. Je vais réciter cette formule traditionnelle
que vous pouvez l'utiliser comme support pour évoquer en vous l'état d'esprit correspondant.
A suivre...
Publié le 20/01/2009 à 06h00 dans Les revues dharma
Accueil